On ne devient pas malade alcoolique du jour au lendemain. L’alcool est un produit insidieux qui met parfois très longtemps avant de se rendre indispensable, vital. Aussi peut-on très bien vivre plusieurs années avec quelqu’un, tout en sachant qu’il (ou elle) a tendance à boire, mais sans imaginer une seconde que ce soit jusqu’à en être malade. L’alcool fait partie de sa vie (et de la vôtre …) de façon tout aussi naturelle que la nourriture ou le sommeil.
Et puis, le doute s’installe, les questions affluentes, se bousculent dans votre tête. Vous repérez les changements dans son attitude. Vous commencez à être plus attentif, à observer ses réactions, à guetter le moment où son comportement va basculer. Jusqu’à présent, l’alcool était synonyme de fête, de bon vin entre amis, de cocktails exotique, de frissons, de rire et de plaisir
Mais petit à petit, vous remarquez qu’il ne peut plus y avoir de fête sans alcool, sans ivresse, que boire devient systématique pour votre compagne ou votre compagnon. Pour pouvoir danser, s’extérioriser ou tout simplement parler aux autres, il (ou elle) a besoin du « petit coup dans l’aile » qui va gommer sa timidité, lui insuffler de la confiance en soi, lui donner l’impression qu’il (ou elle) est irrésistible de drôlerie et d’intelligence, et que rien ne pourra l’arrêter. Puis il (ou elle) va continuer à boire pour conforter ou amplifier cet état d’euphorie qui, inévitablement, va se transformer en chaos physique et mental.
Au fil du temps, le simple fait de sortir, de dîner entre amis ou même en famille, va éveiller en vous l’appréhension, la crainte. Comment cette soirée va t elle finir ? Le plaisir va petit à petit céder le pas à l’angoisse. Pourtant, vous vivez encore dans le doute. Vous êtes persuadé que l’alcool tient une place trop importante dans sa vie, mais le mot « alcoolique » ne vous est pas encore venu à l’esprit. D’ailleurs, quel bien grand mot ! Ce sont les autres qui sont alcooliques, ceux qui sont à l’asile ou Dieu sait où, mais pas la personne que vous aimez. Déjà vous avez un réflexe de honte. Le mot est difficile à accepter.
Les mots, en général, sont à manier avec beaucoup de précautions lorsqu’on est confronté au problème de l’alcool. Ils sont les vecteurs par lesquels s’expriment tous les états d’âme et, paradoxalement, par lesquels ils arrivent aussi à mieux se dissimuler. Il faut savoir entendre les mots sous leurs multiples facettes, mais en échange, de votre côté, choisir ceux qui ne laissent planer aucun sous entendu. Car l’incompréhension est un écueil inévitable dans les familles où l’alcool a élu domicile.
Pour passer de la supposition à la conviction, il existe un grand nombre de signes révélateurs. Il faut comprendre ce qui se passe, savoir analyser les situations et décrypter les messages que transmet la personne qui boit. Si le doute est ancré dans votre esprit, c’est qu’il y a certainement présomption d’alcoolisme chez celui (ou celle) que vous aimez : les pages qui suivent vous aideront à être plus clairvoyant et donc, peut être, à mieux réagir lorsque vous serez confronté à des réalités difficiles à supporter.