Beaucoup de gens boivent trop, surtout dans notre pays où l’alcool est omniprésent et fait partie de toutes les occasions. Mais ils n’en sont pas malades alcooliques pour autant. Alors, à quel moment cesse t on de parler du buveur excessif pour parler de l’alcoolique ? Quels signes font la différence ?
Regardez autour de vous, les exemples ne manquent pas. Le buveur excessif va boire une petite bière en fin de matinée, parce qu’il fait chaud et qu’il a soif. A midi, l’inévitable « apéro » pour s’ouvrir l’appétit, peut être un deuxième pour respecter la tradition de « chacun sa tournée », puis le vin à table et le petit alcool après le repas pour faire digérer. L’après midi, la soif aidant, il va avaler quelques bières bien fraîches, peut être boire un petit whisky vers cinq heures pour avoir le courage de finir sa journée et mieux attendre l’heure de « l’apéro » du soir. De nouveau, du vin pendant le dîner, et un petit alcool pour clore le tout. Peut être une ou deux bières devant la télévision ou un petit whisky. Vous noterez au passage à quel point le mot « petit » est lié au langage courant de l’alcool, pour mieux exprimer, sans doute, le côté anodin de la chose.
Ce portrait du buveur excessif semble caricatural. Il l’est, certes, mais n’a rien d’exceptionnel. En revanche, ce qu’il est important de noter est que ce même buveur excessif, confronté à un travail délicat, une randonnée en montagne, un rendez vous important, ou toute autre situation exigeant de lui le maximum de ses possibilités, n’aura même pas l’idée de consommer de l’alcool. S’il décide d’offrir à son organisme une cure de repos en passant des vacances sobres, il le fera sans aucune difficulté, sans que cela n’entame sa gaieté.
Et les femmes ? Ce portrait succinct du buveur excessif peut il se conjuguer au féminin ? Les cas sont peu fréquents car notre société, ignorante du problème, ne tolère pas une femme qui boit, alors qu’elle fait preuve de la plus grande complaisance envers les hommes. Cela fait partie de notre histoire, depuis toujours. L’alcool est viril et convivial. N’est ce pas l’homme qui doit servir le vin à table et les alcools après le dîner alors que la femme sert le café et les rafraîchissements ? Les conventions et la morale laissent des traces indélébiles, même dans les sociétés les plus libéralisées. C’est pourquoi les buveuses excessives sont rares.
En revanche, de très nombreuses femmes ont un vrai problème d’alcool, comme les hommes, avec exactement les mêmes caractéristiques, les mêmes troubles et le même calvaire. Et le fait qu’elles boivent moins ostensiblement que les hommes n’empêche pas qu’elles sont aussi des malades alcooliques.
Homme ou femme, l’alcoolique est dépendant de cette boisson qui le rend malade. C’est à dire qu’il ne peut, par sa simple volonté, contrôler les quantités de ce qu’il absorbe, ni la fréquence. Si le buveur excessif peut s’arrêter de boire dès que sa responsabilité ou ses capacités sont en jeu, l’alcoolique, à l’inverse, boira encore davantage dans une situation délicate car il aura peur de ne pas y arriver, de ne pas être à la hauteur de ce que l’on attend de lui ou de ce qu’il aimerait pouvoir prouver. Et pour éviter sa confrontation avec une tache qu’il estime d’avance insurmontable, il préfère la fuir et se réfugier dans l’alcool.
Pourtant, l’alcoolique a souvent des compétences et des aptitudes remarquables, une sensibilité extrême, mais il est une véritable entreprise de démolition à lui tout seul. Son intelligence est souvent fine, parfois brillante, mais son manque de confiance en lui prend le dessus. La seule façon d’y échapper est de boire.
La première question qui vient à l’esprit, quand on n’est pas victime de ce problème, est de savoir pourquoi, connaissant le danger des situations dans lesquelles il se met, l’alcoolique homme ou femme boit il ce verre qui va peut être faire basculer sa vie ? On peut avancer de nombreuses raisons : psychologiques, sociales, événementielles. Mais ce qui est certain, c’est que l’alcool produit dans son corps et son esprit une réaction qui débouche sur l’impossibilité totale d’arrêter le processus.