Lorsque les enfants essaient cette première drogue, ils en choisissent une que consomment leurs proches, parents ou amis. Autrement dit, leur première drogue sera vraisemblablement le tabac ou l’alcool, bien qu’ils puissent d’abord essayer la marijuana, des inhalants (comme le dissolvant pour vernis à ongles ou la colle plastique) ou même le crack. Cependant, puisque les réfrigérateurs, les armoires à spiritueux et les tables sont les endroits où les jeunes trouvent le plus facilement des drogues, les premières seront probablement les vôtres. Toutes ces drogues de débutant sont des drogues d’entrée, car elles ouvrent la porte à un usage ultérieur et plus durable.
Les enfants de tous les âges cherchent désespérément à être de grandes personnes. Ils s’intéressent à ce que font les adultes qui les entourent. L’imitation du comportement adulte débute en apprenant à dire maman et papa, et ne disparaît jamais. Personne ne va à l’école pour apprendre à parler, à marcher, à s’habiller ou à faire un sandwich. La curiosité et l’apprentissage obéissent au même modèle en ce qui concerne les drogues. Si vous utilisez des drogues, vos enfants feront de même. Tim fait remarquer ceci :
Quand je parle aux jeunes, ils me posent toujours la même question : « Pourquoi les adultes nous prêchent ils de ne pas prendre de la drogue et de l’alcool, alors que maman ou papa fume un paquet de cigarettes par jour ? » Les jeunes connaissent bien les dangers de la cigarette. Ils me disent : « Sur le paquet, on dit en gros que la cigarette est mortelle. » D’autres jeunes me disent : « Je vois mon père boire six ou douze bières devant la télé pendant la partie de football, puis il se retourne pour me dire de ne pas boire ni me geler. » En fin de compte, les jeunes imitent ce que nous faisons, pas ce que nous disons.
La pression du groupe est l’autre raison majeure pour laquelle les jeunes se mettent à consommer de la drogue. Un enfant plus âgé, ou tout simplement plus expérimenté, offrira de la drogue à un autre. Pour l’enfant inexpérimenté, la peur d’être différent, de ne pas être accepté ou de passer pour un lâche est habituellement plus forte que la peur de la drogue ou de ce que pourraient dire ses parents s’ils le surprenaient. Si les frères et soeurs aînés connaissent bien l’usage de la drogue, il y a de fortes chances que leurs cadets en fassent bientôt l’essai. Tim a entendu cette histoire effroyable de l’un de ses collègues officiers :
C’était un brillant enfant de huit ans qui n’avait jamais eu de problèmes, avait toujours eu de très bons résultats scolaires et était habile dans les sports. Son frère de quatorze ans aimait fumer de la marijuana. Le petit frère alla le trouver et lui dit qu’il voulait « se geler », « comme toi ». « Attends d’être un homme comme moi, dit le grand frère, et je te montrerai comment. »
Le petit frère ne voulait pas attendre. Un jour, il s’est faufilé dans la chambre de son frère, a trouvé de la marijuana et s’est rendu au sous sol avec un ami, car c’est là que le grand frère fumait. Les deux enfants de huit ans se sont « gelés » avec un seul joint.., mais un peu trop. Le petit frère a dit à son ami : « Je peux étirer mon cou jusqu’à six pieds. » « Vas y », lui a dit l’ami. Notre enfant de huit ans a attaché le bout d’un câble autour d’une poutre du sous sol et l’autre bout à son cou, a grimpé trois marches de l’escalier du sous soi et a sauté. Son cou ne s’est pas étiré il s’est rompu. Le grand frère a résumé l’histoire ainsi : « J’ai tué mon frère. » En effet.
Remarquez que nous n’avons encore rien dit du désir de « partir ». Ce motif est là, mais il est mineur. Retournez à votre propre passé. Rappelez vous votre première expérience avec la drogue, et rappelez vous que ce n’était probablement pas du tout agréable. Peut être la cigarette volée vous a t elle brûlé la bouche et a t elle provoqué une quinte de toux ; la bière ou le whisky avait peut être un goût horrible et vous a peut être fait vomir ; cette première bouffée de marijuana (pour ceux qui en ont essayé) ne vous a probablement pas fait planer. Si on prenait de la drogue uniquement pour planer, presque personne n’en consommerait suffisamment longtemps pour découvrir ce que veut dire plante. Au départ, la curiosité et l’occasion d’une expérience adulte ont beaucoup plus d’importance.
Le problème, c’est que cette phase ne dure pas très longtemps. Vous n’avez qu’à regarder autour de vous pour savoir que des millions de gens croient vraiment que planer est un plaisir. Un grand nombre d’enfants persisteront jusqu’au point où le fait de planer deviendra un facteur majeur de l’usage de la drogue. C’est le point critique, car il mène l’enfant au deuxième stade de la consommation.
Que ce soit sous forme de drogues, de jeux vidéo ou de junk food, les enfants aiment la gratification immédiate. Pour le consommateur du premier niveau, les nombreux plaisirs des drogues dépassent de loin toutes les peurs des conséquences d’un usage intensif ou à long terme de la drogue. Le fait que les drogues soient interdites ou illégales ne les rendra que plus attrayantes. Ces premiers verres, ces premières cigarettes ou ces premières bouffées d’un joint font passer l’enfant à un monde adulte, lui donnant du plaisir en plus. Voilà les pièges de la drogue. Au premier stade, le vol plané n’est qu’une petite partie de l’affaire.
Malheureusement, il y a peu de façons de savoir à quel moment les enfants sont passés au premier niveau, à moins de les prendre sur le fait. Vous pouvez chercher les odeurs révélatrices du tabac, de la marijuana ou des inhalants, ou vous pouvez jeter un coup d’oeil sur votre enfant pour voir s’il revient ivre d’une soirée. Ce que vous avez de mieux à faire, c’est de rechercher ces signes physiques : à ce stade, les changements comportementaux sont légers et difficiles à détecter. Comme la plupart des enfants sont suffisamment habiles pour camoufler un usage occasionnel sans trop mentir, ni le travail scolaire ni la vie domestique n’en seront vraisemblablement affectés.
Puisque vos enfants ne s’inquiètent pas beaucoup d’un usage occasionnel de la drogue, vous devrez le faire à leur place. Trop de parents se contentent de laisser filer un tel comportement, et sont soulagés qu’ils ne soient pas allés plus loin. Pis encore, ils peuvent être soulagés que leurs enfants n’utilisent « que » de l’alcool et non des drogues illégales. C’est une grave erreur. Les jeunes ne font jamais un usage responsable de l’alcool ou de la drogue. Même une première expérience de certaines drogues peut être débilitante ou fatale. Et, bien entendu, l’usage à long terme des drogues d’entrée, telles que l’alcool et le tabac, présente des dangers dont parlent abondamment les médias.
Et pour une minorité de jeunes, peut être le tiers, les chemins de l’euphorie deviennent trop agréables pour y résister. Lorsque les fêtes n’offrent aucun plaisir à moins que la drogue n’y circule, ou lorsqu’il ne peut se sentir détendu à moins d’en consommer, votre enfant est passé au deuxième niveau.