Vous en avez maintenant pleinement conscience, un alcoolique est quelqu’un qui est malade, qui détruit son corps et son esprit avec une substance toxique, l’alcool, comme d’autres peuvent le faire avec la drogue. Ce sont des toxicomanes au vrai sens du terme, contrairement au sens restreint que nous donnons aujourd’hui à ce mot. Or, même si l’alcoolique arrive, au prix de gros efforts, à arrêter de boire, il n’en garde pas moins ses tendances toxicomaniaques. Il arrive très souvent que ces malades compensent le manque d’alcool par la prise, elle aussi excessive la plupart du temps, d’autres substances.
Par exemple, comme l’alcool contient beaucoup de sucre, les anciens buveurs conseillent aux nouveaux abstinents, et ils ont raison, de boire des sodas sucrés pour compenser le manque. Heureux d’obéir les yeux fermés à tout ce qu’on leur conseille pour consolider leur abstinence, certains avalent des litres et des litres de boissons au cola ou autres sodas de leur choix ! C’est, bien sûr, le moins nocif des produits de substitution. Mais attention aux mauvaises surprises sur la balance... Même risque pour les nouveaux abstinents qui se jettent littéralement sur la nourriture. Une prise excessive de poids peut d’une part être mauvaise pour la santé, et d’autre part affecter le moral.
Ce qui est déjà plus ennuyeux, ce sont les excès de café et de tabac. De nombreux alcooliques augmentent considérablement leur consommation de ces deux produits après avoir arrêté de boire. Le café pour maintenir un état d’excitation tel qu’ils le connaissaient avec l’alcool (sans la déchéance physique et mentale), et le tabac pour, croient ils, les calmer et compenser le geste de prendre un verre par celui d’allumer une cigarette. Naturellement, tous deux sont extrêmement néfastes pour la santé, aussi bien du point de vue nerveux que du point de vue circulatoire. A vous, en douceur, de faire comprendre à votre compagnon (ou votre compagne) les mécanismes de l’excès et les dangers qu’il fait encourir.
Encore plus grave est la compensation de l’alcool par la prise excessive de drogues, aussi bien licites qu’illicites. Entendons par drogues licites celles qui sont prescrites par le médecin et remboursées par la Sécurité sociale : toute la famille des tranquillisants. Naturellement, un alcoolique qui s’arrête de boire, dans la grande majorité des cas, a besoin du soutien des médicaments pour l’aider à surmonter son angoisse. Il ne faut pas oublier que c’était dans ce but qu’il buvait et, sans alcool, il est à vif. Mais une fois passés les premiers temps de l’abstinence, lorsqu’il commence à acquérir un peu de sûreté, il faut l’aider, petit à petit, à diminuer ses doses de médicaments, pour enfin finir par les oublier totalement.
Quant aux drogues illicites, elles peuvent aussi faire des ravages. De façon plus taboue pour la plupart des gens, justement parce qu’elles sont interdites par la loi, alors que l’alcool ne l’est pas. Les alcooliques qui quittent le verre pour la seringue n’ont pas réussi, en arrêtant de boire, à surmonter leur inadéquation à la vie qui leur était offerte. Ils ont choisi simplement une autre façon de l’exprimer. L’alcool leur faisait extérioriser le poids de leur angoisse aux yeux de tous, par des actes de violence ; la drogue, tant qu’ils en ont, leur fait se trouver bien dans un cocon égoïste et passif.
Mais, à long terme, toute dépendance est source de souffrance. C’est pourquoi, vous qui vivez auprès d’un être particulièrement fragile, vous devez faire l’impossible pour éviter qu’il ne tombe d’une dépendance dans l’autre. Même si aucun des excès, mentionnés plus haut, ne pourra vous faire souffrir comme les excès de l’alcool. Pensez à lui (ou à elle). Si ses tendances toxicomaniaques se cristallisent sur une nouvelle substance, comprenez cela comme la manifestation d’une angoisse non résorbée et, peut être, comme un appel au secours. Vous pouvez faire quelque chose pour lui (ou elle). Il faut l’aider à maîtriser son angoisse en lui faisant entrevoir des perspectives nouvelles et en le (la) persuadant de se rendre aux réunions des anciens buveurs.