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 Comment l’aider à s’accepter ?

La solution d’aider les autres, comme vous venez de le comprendre dans le paragraphe précédent, est certainement la meilleure solution pour retrouver une image satisfaisante de soi même, mais il n’est pas raisonnable de l’envisager avant plusieurs mois d’abstinence. En effet, l’alcoolique, dont le sevrage est récent, a déjà tellement de problèmes à gérer dans sa propre tête, qu’il ne peut en plus essayer d’aplanir ceux des autres. Notamment, s’accepter tel qu’il (elle) est, sans être retranché(e) derrière les effets désinhibants de l’alcool. Affronter « à nu » le regard des autres, leur jugement peut être, s’adresser à eux sans crainte, sans complexes, simplement, sans que cela porte à conséquences, est un travail sur soi qui va demander de gros efforts à ces alcooliques qui ont décidé de ne plus boire. Ces efforts porteront leurs fruits, petit à petit, mais seront inévitablement ponctués de moments de doute, d’angoisse et de négation de soi.

Dans ces moments là, vous serez vraisemblablement leur miroir de vérité et ils chercheront dans vos yeux le reflet de leur médiocrité. Comment ? En se qualifiant des pires choses, en affirmant qu’ils sont des incapables et que des gens aussi lamentables qu’eux n’ont qu’une issue : la mort. Peut être aurez vous la grâce d’entendre un discours moins violent, mais le fond sera le même. Si vous entrez dans son « jeu », maléfique et douloureux, en trouvant tous les mots visant à l’assurer du contraire de ce qu’il (elle) dit, vous ne ferez qu’ajouter « de l’eau à son moulin ». Il (elle) aura cherché à reproduire, inconsciemment, les mêmes jeux que du temps de l’alcool, en vous mettant une fois de plus « sur le gril », et il (elle) y aura réussi.

La seule façon de faire est de démonter le « jeu », enrayer le mécanisme, déjouer le rouage. Ne répondez pas, dites que c’est le genre de choses que vous ne désirez pas entendre et que, de toute façon, vous ne voulez même pas en parler. Et vous lancez immédiatement un autre sujet de conversation : un film que vous aimeriez aller voir, votre dernière entrevue avec votre patron ou le pique nique que vous préparez pour dimanche.

Peut être aurez vous une réflexion vous reprochant de ne pas vous intéresser à lui (elle), mais ne vous en préoccupez pas. Continuez sur votre lancée. Petit à petit, il (elle) comprendra que vous êtes la vie, et qu’il faut s’accrocher à la vie.

Pour arriver à un tel calme, il ne faut pas que vous fassiez semblant de l’avoir, il faut qu’il soit bien ancré en vous. Pour cela, faites vous aider, si nécessaire, par des entretiens avec un psychothérapeute spécialisé en alcoologie ; vous serez étonné des bienfaits que cela procure, car cela permet de bien comprendre les mécanismes de l’alcool, d’arriver à les briser et d’acquérir une salutaire distance vis à vis d’eux. Cette distance, elle s’acquiert en recentrant les choses sur soi. Tout au fond de vous, la vie bouillonne et il faut refuser ce mal qui l’a mise si longtemps entre parenthèses. Votre vie était entièrement vouée à un autre être. Maintenant, laissez la bouillonner, laissez lui la bride sur le cou, permettez lui d’exploser. Vous vous départirez alors de votre regard voilé par la peur pour ne plus offrir en retour que des yeux brillants, sereins, sûrs. Votre compagnon (ou compagne) n’y trouvera plus le reflet de sa médiocrité. C’est dans ce regard là, et aucun autre, qu’il (elle) aura envie de se retrouver et de placer sa vie.