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 Faut il cacher les bouteilles ?

Il arrive souvent, trompés par leurs problèmes, que les proches d’alcooliques se mettent à vouer un culte diabolique de haine et d’aversion à la destruction de l’alcool. Dès qu’ils en voient chez eux, une bouffée de peur leur monte au visage et ils n’ont qu’une envie : faire disparaître l’objet de leur angoisse. Quand ils trouvent une bouteille, ils la jettent purement et simplement. Mais, se disent ils, quand un ami arrive à l’improviste, c’est toujours agréable de lui offrir un verre (il serait tout aussi content de boire un cocktail de jus de fruits ou de légumes, mais on ne sait jamais). Et puis, à la longue, ça coûte cher. Alors, ils optent souvent pour la cachette. Malheur si l’alcoolique, en essayant peut être de retrouver les siennes, tombe dessus. D’ailleurs, ce n’est peut être pas la première fois ; alors, c’est plus motivant pour chercher.

Quand on cache quelque chose, c’est... qu’on a quelque chose à cacher. De quoi avez vous peur ? Qu’il (ou elle) trouve les bouteilles et les boive ? Vous pensez peut être que votre maison est le seul endroit au monde où il puisse trouver de l’alcool ? Croyez vous que, s’il a envie de s’enivrer, le fait qu’il n’y ait rien à boire à la maison le motive suffisamment pour ne pas boire ? Peut être, direz vous, mais le fait de voir les bouteilles pourrait lui donner envie de boire. Croyez vous que c’est de voir ou de ne pas voir une bouteille que dépend son envie de boire ? Boire, il ne pense qu’à ça quand il n’a pas bu. Boire est ce qui lui permet de vivre.

Cela ne veut pas dire que vous deviez remplir consciencieusement et systématiquement votre placard à bouteilles. Bien sûr que non. N’achetez pas d’alcool si cela vous fait peur. Vos amis sauront que, chez vous, il n’y a rien à boire (remplissez par contre la maison de jus de fruits et sodas différents), et ils apporteront leur bouteille s’ils veulent boire de l’alcool. Votre compagnon (ou votre compagne) sera d’ailleurs ravie(e) de l’opportunité. Mais vous n’y pouvez rien, tant pis.

Si vous aimez les recettes de cuisine qui utilisent de l’alcool, achetez des petites flasques ou des mini bouteilles de vin et jetez le reste dans l’évier. Inutile de « tenter le diable ». Si même cette solution vous fait peur, changez de façon de cuisiner.

Il arrive très fréquemment que les alcooliques cachent chez eux des bouteilles pour savoir qu’en cas de besoin, en cherchant un peu, ils auraient peut être une bonne surprise. Et vous, à peine sans chercher, vous les trouvez. Que faire ? Les jeter à la poubelle ? En plus des bonnes raisons citées plus haut, l’alcoolique découvrirait ainsi que vous avez déjoué ses plans. Pour la solution de changer de cachette, c’est la même chose. Les vider dans l’évier, aussi. Certains d’entre vous ont même la perversion de remplacer l’alcool par de l’eau. Imaginez la tension pour l’alcoolique. En un instant, il est soulagé de retrouver sa bouteille, ulcéré de constater qu’elle contient de l’eau et affolé en réalisant que vous êtes au courant de son problème.

La meilleure solution est de la laisser en place. Si une bouteille se trouve à cet endroit, c’est parce que quelqu’un l’y a mise et c’est son problème à lui (ou à elle), pas le vôtre. C’est même peut être l’occasion de commencer à échanger des paroles vraies. Dites lui, par exemple : « Je sais qu’il y a des bouteilles cachées dans la maison, je sais aussi où elles sont. Je les ai laissées car je sais que c’est toi qui les y a mises. » Essayez d’avoir un ton le plus naturel possible, et vous verrez sa réaction. Comme il ne se sentira pas traqué, peut être sa réponse sera t elle vraie, elle aussi ?

Pour continuer avec la perversion mentionnée plus haut, il y a des alcooliques qui, déjà très ivres mais espérant ne pas dépasser le stade critique, demandent à leur compagnon (ou leur compagne) de cacher une partie des réserves. Ce qu’il (ou elle) s’empresse de faire. Mais ou bien les bouteilles seront débusquées le soir même, ou bien elles le seront, de toute façon, en temps utile. Si vous vous reconnaissez dans un scénario tel que celui ci, dès que l’occasion se présentera, dites lui simplement : « C’est fini, je ne cacherai plus jamais tes bouteilles. Si tu veux le faire, fais le toi même. » Le sujet sera clos et il (ou elle) saura à quoi s’en tenir.

Il existe même des alcooliques qui, en cachette, vident la moitié d’une bouteille d’alcool et la remplissent ensuite avec de l’eau pour que cela ne se voie pas ! Imaginez la déconvenue des invités à qui vous offrirez de cet alcool. Imaginez aussi la peur de l’alcoolique quand il sera sur le point d’être démasqué. Si vous vous trouvez un jour dans cette situation, et que vous ne connaissez pas bien vos invités, dites que l’alcool s’est altéré ou n’importe quel mensonge qui vous viendra à l’esprit et, une fois que vous serez tous les deux seuls, engagez la conversation sur ce sujet. Si vos invités sont des amis proches, peut être cet incident amènera t il aussi un échange de paroles vraies ?