Bien sûr, il ne faut pas le faire. Le mot « espionner » est lui même assez abject. Il implique la dissimulation, la méfiance, la fourberie, l’hypocrisie. Mais pouvez vous vous empêcher de repérer le niveau des bouteilles qui sont à la maison ? De compter les bouteilles vides ? D’en découvrir des pleines dans des lieux imprévisibles ? De les chercher, peut être ? De déceler ses mensonges ? D’appréhender ses retards ? Si vous le souhaitez, n’appelons pas cela de l’espionnage mais de l’observation, de l’attention. Et si vous vous reconnaissez dans ces situations, dites vous simplement que vous n’êtes pas un cas isolé. La plupart des compagnons (ou compagnes) d’alcooliques, alertés par la peur, agissent ou ont agi de même.
Ne pas pouvoir faire autrement qu’espionner la personne avec qui l’on vit est une chose, mais lui tendre des pièges en est une autre. Jeter dans l’évier le contenu de bouteilles habilement dissimulées ou, pire, le remplacer par de l’eau, est un jeu cruel qui ne sert qu’à instaurer un climat de méfiance encore plus pesant. Il ne faut pas se venger de l’alcool en se vengeant sur l’alcoolique. Le problème n’est pas là. Toutefois, ces réactions, induites par la douleur, sont compréhensibles, mais elles doivent être combattues car elles n’arrangent rien et font souffrir tout le monde.
Ne laissez pas s’éterniser cette période « d’espionnage ». Quand du soupçon vous parvenez à la conviction que le problème d’alcool existe réellement, il faut essayer de tout faire pour éviter les situations qui peuvent dégénérer, contourner les pièges, faire preuve de patience et de psychologie, vous informer sur la maladie de l’alcoolisme pour essayer d’amener la personne que vous aimez à prendre conscience de son état, si ce n’est déjà fait, et à chercher avec elle les moyens de s’en sortir.