Cette fois, le « il » indique bien une réaction masculine et non pas le « malade alcoolique », homme ou femme, comme c’était le cas jusqu’à présent. Encore une fois, le problème d’alcool, chez une femme, est beaucoup plus chargé de honte que chez un homme, et elle préférera généralement avaler n’importe quoi (parfum, eau de Cologne, alcool à 900) plutôt que de demander qu’on aille lui acheter à boire. C’est donc plutôt aux femmes d’alcooliques que s’adresse ce type de situation.
Si donc l’homme que vous aimez a bu et demande à boire davantage, cela le concerne lui, pas vous. En vous suppliant d’aller acheter pour lui la dose qui lui manque pour sombrer dans l’oubli total, c’est qu’il veut implicitement que vous assistiez et participiez à sa déchéance, et ceci d’une façon habile parce qu’en vous suppliant, il cherche à faire vibrer en vous cette fibre maternelle protectrice qui est déjà constamment en éveil. S’il vous intimait l’ordre d’aller acheter à boire, peut être auriez vous moins de mal à refuser, par un sursaut de révolte. Mais tout dépend du type de relations que vous entretenez. Car un ordre péremptoire peut aussi attiser votre peur et vous contraindre à y aller en espérant, croyez vous, éviter ainsi un drame.
S’il est vrai qu’il faut réduire autant que possible les causes de tension, il est vrai aussi qu’il ne faut pas rentrer dans son jeu. En vous impliquant dans ses règles, il teste votre capacité à le suivre jusqu’au bout de tout, même des situations les plus dramatiques. Ne croyez pas que cela soit toujours conscient ou machiavélique de sa part, mais il a besoin de savoir jusqu’où vous pouvez aller.
A vous donc de ne pas suivre les règles de son jeu. Comment ? En lui disant, gentiment et naturellement, que s’il a envie de boire, personne ne pourra l’en empêcher, mais que vous, vous ne voulez pas aller chercher de l’alcool pour lui parce que cela vous fait mal. Dites lui qu’il y aille tout seul si tel est son désir. Une fois qu’il sera parti, le sachant ivre, vous serez, bien sûr, rongée par l’angoisse qu’il lui arrive quelque chose dans la rue. Le danger est certain mais, malheureusement, vous n’y pouvez rien. Si votre peur est trop grande, téléphonez à quelqu’un mais tenez bon. Dites vous bien que, malgré les apparences, vous agissez dans son intérêt à lui, car il n’y a que lorsque vous serez redevenue vous même, et non le reflet de son image qu’il déteste, qu’il aura envie de vous retrouver, en devenant lui même abstinent.