Vous nous avez suivis jusqu’ici. Vous avez passé attentivement en revue tous les Drapeaux rouges, et vous considérez que votre enfant fait montre d’un si grand nombre d’entre eux que la drogue doit être la cause probable. Vous n’avez d’autre choix que d’affronter cet enfant maintenant.
Le pire, pour un parent, est de mener un affrontement bruyant avec un enfant qui est ivre ou sous l’influence de la drogue. Une intervention convenable exige planification et préparation. De même que nous avons passé onze chapitres à vous préparer à ce moment, vous devez être fin prêt pour l’affrontement avant même de vous asseoir avec votre enfant.
Dans les pages suivantes, nous établirons un processus en plusieurs étapes que tous les parents doivent garder à l’esprit lorsqu’ils affrontent un enfant à propos des drogues. Ce processus a été préparé pour les enfants qui prennent des drogues, que ce soit des enfants qui ne montrent que quelques Drapeaux rouges, ou les toxicomanes qui ont besoin d’être hospitalisés immédiatement, mais les parents peuvent l’adapter en partie pour parler aux enfants qui ne font montre d’absolument aucun Drapeau rouge. Comme nous l’avons dit, nous encourageons les parents à discuter régulièrement des drogues avec leurs enfants, et à commencer bien avant que les premiers Drapeaux rouges de l’usage des drogues ne deviennent apparents. Les lignes directrices pour ces discussions apparaissent à la fin de ce chapitre.
Les deux parents doivent être prêts à affronter leur enfant. Assoyez vous et discutez ensemble de ce que vous voulez dire et de la façon dont vous devrez agir. S’il y a d’autres adultes ou personnes ressource dans la famille, faites les participer à votre discussion. Les enfants doivent comprendre que leur famille a adopté des règles sur l’usage de la drogue et que s’ils enfreignent ces règles, il ne leur sera pas possible d’en appeler auprès d’un autre adulte, ni d’opposer un parent à un autre.
Les parents qui vivent séparés doivent tout de même affronter leur enfant ensemble ; dans les cas de garde conjointe, les règles doivent être les mêmes dans les deux foyers. Même si un seul des parents est disponible, insistez sur le fait qu’il existe encore une famille, et que l’enfant enfreint les règles. Peu importe ce que vous dites, assurez vous que vous avez un programme commun, auquel souscrivent toutes les parties. Puis, respectez le.
Un enfant qui a un grave problème avec la drogue ne peut recevoir le même traitement que celui qui s’est fait prendre à s’enivrer pour la première fois. Pensez aux niveaux du chapitre 2, et aux Drapeaux rouges des chapitres 7 à 11, afin d’estimer l’importance du problème lorsque vous affronterez votre enfant. Les usagers expérimentés auront des défenses plus élaborées et exigeront un traitement différent de ceux qui en sont aux premiers niveaux.
Les enseignants, la parenté, les amis, les voisins et les membres du clergé considèrent tous votre enfant plus objectivement que vous. Ils ont peut être d’autres preuves d’un usage de la drogue, ou ont peut être perçu d’autres problèmes dont vous n’avez pas connaissance. Parlez aux autres adultes avant de parler à votre enfant : cela vous donnera une chance de répéter votre intervention et de renforcer vos preuves.
Qu’essayez-vous d’accomplir ? Vous contenterez -vous d’un aveu et d’une promesse de ne plus recommencer ? Vous êtes vous entendu avec votre conjoint sur le genre de punition appropriée : cesser de fréquenter certains amis, d’organiser des fêtes débridées, participer à des tâches domestiques, obtenir de meilleurs résultats scolaires ? Avez vous besoin d’amener votre enfant à accepter une évaluation par un médecin ou par un professionnel en toxicomanie ? Est il nécessaire de procéder à un programme de traitement ? Le fait d’avoir une idée préalable de vos objectifs vous permettra de faire respecter l’ordre du jour de cette discussion, et de la mener vers le but que vous désirez, et non vers celui de votre enfant.
Vous devez connaître votre enfant pour être capable d’affronter l’usager en lui. Votre enfant se contentera t il de nier toutes les accusations, de se refermer dans un silence boudeur, deviendra t il enragé, blâmera t il les autres ? Déterminez à l’avance de quelle façon vous vaincrez ces défenses et ce que vous devrez faire pour vous assurer que votre enfant va comprendre votre message et modifier son comportement.
Le fait d’avoir un enfant qui se drogue déséquilibre toute la famille. L’attention supplémentaire qu’exige cet enfant soutire du temps et de l’énergie aux parents et ceux ci ne peuvent plus s’occuper autant de leurs autres enfants. Cela peut également entraîner ce que ces autres enfants perçoivent comme un manque d’affection. Les enfants dont les frères et soeurs prennent des drogues sont plus susceptibles d’en prendre eux mêmes.
Même s’ils évitent d’essayer les drogues, ils auront besoin d’élaborer des défenses pour survivre dans un foyer tout entier concentré sur un autre enfant. Ces défenses prennent des formes diverses. Certains enfants réagissent en devenant des « super enfants », des modèles de perfection. D’autres se retirent dans la passivité, de façon à se faire remarquer le moins possible. D’autres encore obligent les autres à les remarquer en devenant un clown ou un rebelle. Engagez vos autres enfants dans une solution familiale en leur accordant autant d’attention et d’affection, et donnez leur des rôles et des responsabilités propres de telle façon qu’ils n’imitent ni ne ferment les yeux sur leur frère ou soeur qui se drogue.
Hélas, il ne suffit habituellement pas d’une seule intervention pour écarter définitivement un enfant de la drogue. Si vous êtes déjà intervenu sans succès, vous devez examiner votre comportement passé afin de vous assurer que vous n’avez pas, par inadvertance, donné une échappatoire à votre enfant. Cet enfant est il à un niveau plus avancé que vous ne le croyiez ? L’un des deux parents a t il reculé à propos des punitions envisagées ? Avez vous accepté des mensonges et des excuses au lieu de la vérité ?
Les parents ne sont pas à blâmer si leur enfant continue de prendre de la drogue ; c’est à l’enfant qu’appartient cette décision, et c’est à lui qu’incombe l’erreur. Mais l’intervention se compare à n’importe quelle autre forme d’apprentissage : la première fois est la plus difficile, et celle où vous courez le plus grand risque de commettre des erreurs. Essayez d’apprendre de ces erreurs plutôt que de vous laisser vaincre par elles. Ne vous découragez jamais et ne déclarez jamais forfait à propos de votre enfant.
Vous êtes maintenant prêt à parler à votre enfant. Quand, où et comment vous le ferez, voilà les facteurs qui détermineront votre succès.
Rien n’est aussi important que de parler de drogues à votre enfant. Ne reportez pas l’affrontement à cause d’autres préoccupations. Ne procédez pas à une séance en vitesse seulement pour arriver à l’heure à un dîner ou pour le début d’un film. Choisissez la période de temps que vous pourrez consacrer à votre enfant. Assurez vous que votre enfant a conscience de l’importance de la leçon, et n’acceptez aucune excuse pour son absence. Que vous annonciez ou non à l’avance que ce sera une discussion sur les drogues, cela dépend de ce que vous connaissez de votre enfant.
Habituellement, il vaut mieux être honnête et direct sur le sujet, mais l’effet de surprise peut donner de meilleurs résultats.
Qu’y a t il de plus futile que de tenter de parler raisonnablement à un enfant qui est trop ivre ou trop stone pour penser ? Et pourtant, bien des parents croient que le moment approprié pour parler règlements, c’est le samedi soir lorsque leur enfant revient d’une fête en titubant. Non seulement les usagers des drogues ne se rappelleront pas ce qui a été dit, mais ils sont également beaucoup plus susceptibles de devenir hostiles ou violents. Si l’usager est à un niveau avancé, il peut être problématique de trouver un moment où l’enfant n’est pas sous l’influence des drogues.
Dans ce cas, le matin, avant qu’il ne recommence à boire ou à prendre de la drogue, est peut être le meilleur moment pour procéder à une confrontation.
Exposez tous les Drapeaux rouges que vous avez remarqués et expliquez pourquoi, selon vous, ils constituent des preuves d’un usage de la drogue. Si vous avez de telles preuves, exposez les à votre enfant. Il vaut mieux que votre enfant voie qu’il n’a aucune chance de s’en tirer par le déni.
Les parents devront déterminer eux mêmes s’ils envahissent la vie privée de leur enfant, par exemple en fouillant sa chambre. Certains parents ont l’impression que c’est un bris de confiance ; d’autres croient qu’en utilisant de la drogue et peut être même en gardant des drogues illégales dans leur maison, l’enfant a déjà violé cette confiance. Un compromis consisterait à fouiller la chambre sans prévenir, mais en présence de l’enfant.
Les enfants qui se droguent sont rebelles et rejettent l’autorité. Si on les accuse, ils peuvent se mettre sur la défensive, et devenir hostiles si on leur fait la morale. Insistez sur vos sentiments à propos de l’usage de la drogue. Dites : « Je suis fâché et contrarié parce que tu prends de la drogue. » Des accusations comme « Pourquoi nous fais tu cela ? » vous seront renvoyées au visage. Si vous écoutez attentivement ce que dit votre enfant plutôt que de vous contenter de crier et de le punir, vous apprendrez peut être qu’il a des problèmes que vous ne soupçonniez pas, et que vous devrez l’aider à les résoudre pour que la drogue disparaisse de sa vie.
Toutes les règles et punitions que vous fixez doivent avoir deux objectifs : faire comprendre à l’enfant que la drogue est mauvaise, et éloigner l’enfant de la drogue à l’avenir. Les plus jeunes enfants peuvent n’avoir besoin de rien d’autre que d’une leçon sévère. Les plus vieux peuvent avoir besoin d’une combinaison de règles : retour à la maison immédiatement après l’école, interdiction de participer à des fêtes sans supervision, diminution de l’allocation, couvre feu. Vous devez faire tout ce qui est nécessaire pour reprendre la maîtrise de la vie de votre enfant.
Si vous avez déjà découvert de la drogue, fixez tout de suite des punitions. Les enfants ont besoin de comprendre que l’usage de la drogue les expose à une mesure disciplinaire immédiate. Tout autre comportement fait de vous un parent permissif.
Les enfants qui ont enfreint les règles familiales par leur usage de la drogue vont continuer à vous tester même après avoir été avertis à ce propos. Ils peuvent tenter de négocier, en remplaçant les drogues illicites par l’alcool, ou en exigeant le droit de faire la fête le week end. Ne cédez pas. Il n’existe pas de bon moment pour prendre de la drogue. Aucune quantité de drogues n’est tolérable.
La drogue peut entraîner une dépendance psychologique ou physique, ou les deux. Les enfants aux niveaux avancés de l’usage de la drogue ont dépassé le point où une punition du genre « va dans ta chambre » peut être efficace. Tout enfant qui a dépassé le deuxième niveau ou le début du troisième a besoin d’une évaluation professionnelle et exigera probablement un programme de consultation en clinique externe ou une hospitalisation.
La toxicomanie est une maladie. Bien que nombre de jeunes toxicomanes aient des problèmes émotionnels ou physiques reliés à leur usage de la drogue, la première étape consiste à amener votre enfant à cesser de prendre des drogues. Tous les autres problèmes seront plus faciles à traiter lorsque votre enfant sera libéré de la drogue.
Les meilleurs programmes donnent des buts mesurables ; mettent l’accent sur l’éveil du patient aux problèmes de drogues ; mettent l’accent sur la consultation de groupe ; font appel à un professionnel du traitement des toxicomanies ; utilisent l’abstinence comme critère de succès d’un traitement ; engagent les parents dans le traitement et l’éducation de l’enfant ; et ont de bons programmes de soins en postcure. Rendez vous sur place si possible. Parlez au personnel de ce qu’ils considèrent comme un résultat satisfaisant, demandez leur à quel point ils engagent la participation des parents dans la postcure. Assurez vous qu’ils considèrent la drogue comme la maladie première qu’ils traitent. Les programmes ne sont pas tous égaux. Si l’un d’eux ne fonctionne pas, un autre réussira peut être plus tard.
Les enfants qui se droguent sont difficiles à vivre, et une confrontation n’est pas une solution magique à tous les problèmes. Un certain pourcentage d’enfants continuent de prendre de la drogue ou retombent dans leur usage même après un affrontement. Certains de ces enfants vous mettent à l’épreuve pour voir si vous donnerez vraiment le soutien que vous avez promis, si les punitions seront fermes mais justes, si vous vous inscrirez aux programmes de soutien. Étant donné que vous aurez tous les vieux problèmes, plus l’hostilité et la tension que soulèvera la confrontation, votre patience et votre discipline seront rudement mises à l’épreuve.
Même un enfant complètement libéré des drogues a besoin d’un soutien continu pour traverser les premières semaines et les premiers mois de sa nouvelle vie. Vous ne pouvez demander à quelqu’un d’abandonner ses amis (puisque ce sont habituellement aussi des usagers de la drogue), d’admettre qu’il a commis de nombreuses erreurs et qu’il est toxicomane, et lui demander ensuite de tout recommencer seul. Cela ne mène nulle part. Peu de véritables toxicomanes se libèrent de leur dépendance la première fois qu’ils laissent tomber les drogues. La plupart ont besoin de plusieurs séances. Une fois de plus : n’abandonnez jamais.
Il ne suffit pas d’être des parents positifs et affectueux. Vous ne pouvez être constamment aux côtés de votre enfant. Et le toxicomane a besoin de savoir que, partout où il ira, d’autres seront là au besoin. Tim a une histoire à raconter qui, même si elle se rapporte à un jeune plus âgé, fait bien ressortir cet aspect : Alors que je donnais une conférence devant un groupe de parents sur l’importance du soutien, j’ai remarqué une dame âgée au fond de la salle qui pleurait sans arrêt. Elle est venue par la suite s’excuser et m’a raconté son histoire.
Elle a surpris pour la première fois son fils avec des cigarettes de marijuana alors qu’il avait quatorze ans. Avec le temps, il s’est lancé dans la marijuana, l’alcool et les autre3 drogues. Il a suivi la progression normale de l’école secondaire, des sports et du travail, mais à mesure qu’il grandissait, son usage de la drogue et de l’alcool empirait. Au moment où il est arrivé au milieu de la vingtaine, il avait plusieurs problèmes reliés aux drogues : black outs, violence, problèmes de personnalité, d’emploi. Sa mère, sa petite amie et d’autres lui permettaient tout lorsqu’il revenait à la maison ivre et sous l’influence des drogues. Il brisait des objets dans la maison de sa mère et, le lendemain, pleurait et s’excusait de ce qu’il avait fait la veille. Il disait à sa mère que ça n’allait plus arriver, mais il recommençait toujours.
Sa mère finit par le convaincre de rencontrer un professionnel. Elle lui dit qu’elle irait avec lui, et elle le fit. Les choses se sont améliorées jusqu’à ce qu’elle doive se rendre à l’hôpital pour une opération. Par la suite, elle fut clouée au lit pendant un certain temps, et fut empêchée d’accompagner son fils aux programmes de traitement et de soutien. Le fils demanda à tous ceux qu’il connaissait d’y aller avec lui famille, amis, collègues , mais personne n’avait le temps. Alors il cessa d’y aller, mais à l’insu de sa mère, car il lui mentait pour qu’elle continue d’être heureuse.
Puis, un jour, il a avancé son auto dans le garage, a laissé tourner le moteur, a tiré la porte du garage et a laissé à sa mère une note d’adieu touchante. Il y disait combien il aimait sa mère, sa petite amie et sa famille, mais qu’il avait tellement honte de sa vie misérable et improductive, qu’il voulait y mettre un terme. La maison funéraire était remplie d’amis, de copains de football de l’école secondaire, de parents et de voisins.
Lorsque la mère m’a raconté cette histoire, elle m’a demandé de poser à tout le monde une simple question : « Où diable étiez vous quand mon fils avait le plus besoin de vous ? »