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 L’Amérique : une histoire chargée de drogue

La drogue a toujours fait partie de la culture américaine, et de presque toutes les sociétés depuis les débuts de l’humanité. Le tabac, bien entendu, est une découverte du Nouveau Monde, et les pipes, cigares et tabac à priser ont pénétré dans presque chaque maison. Nos ancêtres buvaient aussi de pleines barriques de vin, de bière, de whisky et de gnôle maison. Bien que les vagues de tempérance aient déferlé sur tout le pays, d’abord sous forme de mouvement religieux dans les années 1840, puis en tant que mouvement politique dans les années 1870, personne n’a cessé de boire ; les mouvements ont tout simplement détruit la réputation de l’alcool, et l’ont obligé à réapparaître sous une forme plus respectable. Les médicaments brevetés devinrent, pour les Américains de la fin du XIXe siècle, une façon légale de s’enivrer. Ces concoctions contenant une forte proportion d’alcool, les Américains n’avaient jamais, pour s’enivrer, à mettre les pieds dans un saloon. Et si l’alcool ne suffisait pas, nos grands pères pouvaient essayer un cigare de cocaïne, tandis que nos grands mères sirotaient délicatement une tisane de feuilles de coca.

Ébranlés par la toxicomanie qui en résulta, les législateurs, aidés par les journaux qui menaient des campagnes d’assainissement, adoptèrent une série de lois anti cocaïne. Lorsque le 18e Amendement et le Volkstead Act rendirent illégales la fabrication et la vente de boissons alcooliques en 1919, la plupart des Américains crurent qu’ils avaient remporté une victoire importante sur le problème de l’alcoolisme. Les Années folles apportèrent plutôt le gangstérisme, les speakeasies et une nouvelle génération d’alcooliques.

Les attitudes envers les drogues ont subi maints changements radicaux au cours de l’histoire des États Unis, mais l’idée que l’utilisation de la drogue pouvait avoir un effet positif plutôt que négatif sur les comportements atteignit un sommet dans les années soixante et soixante dix. En dépit d’un nombre infini d’histoires d’horreur rapportées par les médias, un segment important et bruyant de toute une génération d’universitaires prétendit abandonner l’alcool pour se tourner vers la marijuana et le LSD, afin d’atteindre des moments d’euphorie plus doux et plus cool. Plusieurs États décriminalisèrent la marijuana, et sa légalisation à l’échelle nationale ne fut plus qu’une question de temps.

L’usage de la marijuana devint le symbole d’une génération. Pendant la campagne présidentielle de 1988, les candidats Albert Gore et Richard Babbitt admirent avoir fumé du pot à l’université. Douglas Ginsberg fut obligé de retirer sa candidature à la Cour suprême pour avoir fumé de la marijuana alors qu’il était professeur, ce que le public ne lui pardonna pas. Des milliers d’autres personnages publics ont reconnu avoir fumé du pot. Le pot a acquis une valeur de rite pour toute une génération.

Dans les années soixante dix, on croyait également que la cocaïne était inoffensive, qu’elle n’entraînait aucune dépendance et, sauf peut être pour quelques utilisateurs extrêmes, n’avait aucun effet nocif sur la santé. Ainsi, en 1973, un rapport de la Commission nationale sur l’abus de la marijuana et des autres drogues affirmait que la cocaïne avait entraîné peu de coûts sociaux aux Etats Unis. Dès le début des années quatre vingt pourtant, le pays entier comprit que les données de ce rapport étaient fausses.

En Amérique, les guerres contre l’abus de substances toxiques ont souvent échoué parce qu’un trop grand nombre d’adultes consommaient eux mêmes ces drogues. Les campagnes contre des drogues aussi variées que l’alcool, la marijuana, la cocaïne et le valium ont eu peu d’effets sur les utilisateurs. En l’absence de statistiques fiables, il est prudent de dire que, dès la dernière moitié des années soixante dix, un grand nombre d’Américains adultes utilisaient ou approuvaient l’usage de drogues légales et illégales, reconnues médicalement ou testées dans la rue, dans une proportion jamais égalée dans toute l’histoire de ce pays. La population croyait vraiment qu’il existe un remède pour chaque problème.

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