L’aérophagie

Au sens étymologique c’est le fait d’avaler, de « manger » de l’air. Cette anomalie se traduit par un ballonnement gastrique surtout après les repas et le besoin d’émettre des renvois pour libérer l’estomac de cette présence inhabituelle d’air. Pour cette raison, beaucoup de médecins préfèrent le terme d’aérogastrie.

A l’état normal, l’estomac renferme un certain volume gazeux qui, selon le principe de la bulle d’air dans une bouteille, se localise toujours à la partie supérieure. Dans l’estomac, la partie supérieure dilatée par rapport au reste de l’organe est appelée grosse tubérosité. A jeun, après les repas, elle contient une grosse bulle gazeuse située sous l’hémicoupole gauche du diaphragme qui, de ce fait, se trouve légèrement plus élevée que l’hémicoupole droite.

C’est sur cette hémicoupole gauche que repose le coeur qui ne se trouve séparé de la poche d’air gastrique que par la mince épaisseur du muscle diaphragmatique.

Si la poche d’air gastrique augmente exagérément de volume, elle peut exercer sur la face inférieure du coeur une pression excessive qui serait à l’origine de certains troubles cardiaques mineurs (tachycardie, extra systoles).

Dans quelles conditions cette poche d’air gastrique peut elle augmenter de volume ?

Pour le public, il s’agit toujours d’aérophagie au sens propre du terme et l’on confond communément l’augmentation de la poche d’air gastrique avec « l’avalage » anormal d’air. Or, rien n’est moins vrai.

  • Le ballonnement gastrique avec augmentation du contenu gazeux de la poche gastrique peut être dû à des fermentations excessives des aliments contenus dans l’estomac, fermentations habituelles lorsqu’il existe une stase gastrique, c’est à dire un retard d’évacuation hors de l’estomac des aliments, et un abus d’aliments fermentescibles (lait, sucres).
  • Le ballonnement peut être aussi le fait d’une consommation régulière et exagérée de boissons gazeuses alcoolisées ou non (bière, eaux minérales, champagne).
  • Enfin, il peut s’agir non pas d’une aérogastrie mais d’une aérocolie, c’est à dire que le volume gazeux peut se trouver localisé non pas dans l’estomac mais dans le côlon transverse. Comme cette partie du gros intestin traverse l’abdomen en avant de l’estomac, le malade a l’impression que la distension gazeuse atteint l’estomac et non l’intestin.
  • Mais la véritable aérophagie existe et elle est toujours liée à un dérèglement des deux systèmes nerveux sympathique et parasympathique. Il s’agit de deux systèmes nerveux autonomes et antagonistes qui règlent le fonctionnement de tous nos organes. Leur dysfonctionnement est surtout ressenti au niveau des organes creux (tubes digestifs, vaisseaux sanguins). Il est la conséquence d’un épuisement du système nerveux (stress répétés, troubles du sommeil, tabagisme, excès de café, etc.).

Au niveau du tube digestif, ce dysfonctionnement se traduit par des troubles du tonus des muscles circulaires lisses qui entourent le conduit digestif depuis le pharynx jusqu’au rectum. Ces troubles sont responsables de l’aérophagie par deux mécanismes : ils provoquent une dysharmonie des phénomènes de la déglutition, d’où l’avalage anormal de bulles d’air au niveau du pharynx, et ils engendrent un affaiblissement du tonus des fibres de l’estomac qui se laisse distendre par la poche d’air qu’il contient normalement. Ces deux troubles surajoutés sont responsables de la dilatation gastrique postprandiale et de l’envie de rejeter de l’air. Envie difficile à satisfaire à cause du spasme oesophagien fréquent dans ce cas.

La véritable aérophagie est donc un trouble nerveux qui doit être soigné comme tel mais dont vous pourrez facilement réduire les effets en supprimant de votre alimentation les aliments hautement fermentescibles (lait, sucres concentrés) et les boissons gazeuses.