L’organisation du temps, pour quelqu’un qui a longtemps été aliéné par les effets de l’alcool, est une chose difficile à faire. En effet, il (ou elle) ne sait pas par quel bout prendre cette liberté nouvellement acquise et se trouve souvent envahi(e) par une sensation de vertige face au vide et son incapacité à le gérer. Quand la plupart des gens cherchent à gagner du temps ou à le retenir pour qu’il ne passe pas trop vite, les nouveaux abstinents, eux, s’affolent en se demandant comment ils vont l’occuper, tant ils ont encore peur de se retrouver face à eux mêmes. Pourtant, le temps est un ami, à condition de lui donner un sens, une raison d’être.
Si votre compagnon (ou votre compagne) a repris son activité professionnelle, il faudra simplement l’aider à organiser son temps de loisir. Au début de son abstinence, la meilleure façon pour lui (elle) d’occuper ce temps est de se rendre le plus souvent possible aux réunions d’anciens buveurs et d’accepter les éventuelles activités qui lui seront proposées (invitations à la campagne, à dîner, etc.). Le reste du temps, vous mettrez à profit les discussions que vous aurez eues, également avec vos enfants si vous en avez, pour inaugurer l’ère des nouveaux loisirs ensemble : promenades, week end touristiques, sports, jeux de société, invitations des amis, transformations dans la maison, etc
Ces différentes activités, comme toutes celles qui naîtront de votre imagination, ont l’avantage de combler ce trop plein de temps, en éliminant au maximum tous moments de vacuité. Mais comme les alcooliques sont des êtres éminemment sensibles et, souvent, assez susceptibles, il ne faut pas qu’ils puissent s’imaginer qu’on est en train de brasser du vent autour d’eux pour les aider à oublier qu’ils sont malades. Il faut que tout cela soit fait avec un entrain naturel et décidé ensemble.
Profiter du temps libre pour organiser des activités qui rassemblent tous les membres de la famille, c’est très restructurant pour un alcoolique qui a franchi le pas de l’abstinence. Mais ce qui est encore plus efficace et porteur d’espoir pour l’avenir, c’est qu’il (ou elle) trouve une façon d’occuper seul(e) une partie de ses temps de loisir. Que ce soit grâce à une activité manuelle (bricolage, jardinage, couture, cuisine, etc.), ou plus cérébrale (lecture, réussites, philatélie, photographie, etc.). A partir du moment où il (elle) aura trouvé une ou deux passions pour animer ses moments de « vacance », en plus de ses activités tournées vers l’extérieur, ce sera gagné.
Plus tard, lorsque son abstinence sera plus solide, il (elle) trouvera un équilibre stable et durable en s’occupant des autres. Il y a mille façons de faire preuve de générosité : en participant à une action humanitaire, en jouant un rôle dans la vie de sa commune, en aidant des personnes démunies physiquement, moralement ou socialement, et aussi, comme le font certains membres de groupes d’anciens buveurs, en faisant profiter d’autres alcooliques, encore sous le joug de la maladie, de leur expérience en ce qui concerne le sevrage et l’abstinence. Ils organisent ainsi des réunions dans les hôpitaux, les centres de désintoxication et de post cure, et même, certains se rendent dans les prisons pour aider les malades alcooliques à sortir de leur calvaire. Faire don de son temps, de son énergie et de son bien être retrouvé, pour les abstinents, est précieux pour tous ceux qui en ont besoin, bien sûr, mais ça leur est aussi d’un enseignement personnel très riche car cela leur permet d’avoir un regard différent sur eux mêmes et de leur redonner confiance en eux.