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 La drogue : les chiffres parlent

Il y a vingt ans, la révolution sexuelle était censée détruire le mythe selon lequel les « bons » jeunes ne le font pas, et les « mauvais » jeunes le font. Aujourd’hui, la drogue est le pire cauchemar des parents, si terrifiant que plusieurs d’entre eux refusent absolument de croire que leur enfant puisse jamais en consommer. Ces parents nient la réalité de plusieurs façons : leurs enfants sont différents ; ils ont été bien élevés ; ce sont des exceptions. Nous l’espérons. Tout ce que nous avons pour nous guider, ce sont les statistiques et chacun sait que sur l’usage de l’alcool et autres drogues, surtout en ce qui concerne les jeunes, les statistiques sont trompeuses. Lorsque nous présentons nos statistiques, nous savons très bien qu’elles sont fausses. Seulement... il y a de fortes chances qu’elles soient fausses parce que la réalité est encore pire.

La raison, c’est l’immense taux de décrochage scolaire dans ce pays. « Drugs and Dropouts », un rapport fondé sur les audiences du Congressional Select Committee on Narcotics Abuse and Control, en 1986, a révélé qu’environ. cent de tous les jeunes décrochent de l’école secondaire avant l’obtention de leur diplôme. Le comité a établi un lien entre la drogue et le décrochage : l’usage de la drogue est plus élevé chez les décrocheurs. Une autre étude effectuée à Philadelphie affirme que les décrocheurs courent deux fois plus de risques d’être des consommateurs fréquents de drogues que les diplômés d’écoles secondaires. Mais comme très peu de chercheurs ont fait l’effort dé retracer et d’interviewer en profondeur des décrocheurs sur leur usage de la drogue, l’étendue véritable de cette consommation chez les jeunes est difficile à déterminer. Ainsi, lorsqu’on voit un nombre qui fait référence à la drogue ou à l’usage de la drogue y compris le nôtre , il faut prendre ce chiffre avec un grain de sel.

Cela étant dit, il existe une série d’études qui sont des modèles dans le domaine. Elles ne sont pas parfaites (elles ne traitent pas vraiment du problème des décrocheurs, par exemple), mais elles tracent le portrait le plus fidèle qui soit de l’usage de l’alcool et d’autres drogues chez les enfants d’âge scolaire.

Chaque année, les chercheurs Lloyd D. Johnston, Patrick M. O’Malley et Jerald G. Bachman, de l’Institute for Social Research de l’Université du Michigan, mènent un sondage très élaboré auprès des élèves de douzième année pour le compte du National Institute on Drug Abuse. (Nous le désignerons ici comme sondage Michigan. Il est exhaustif : plus de 16 000 étudiants d’environ 130 écoles secondaires de tous genres, dans chaque région du pays, ont rempli des questionnaires portant sur leur usage des drogues ou leur attitude envers elles. Parce que le nombre d’étudiants est si élevé dix fois plus que ceux interrogés pour les sondages de la firme Nielsen et qu’il est représentatif des différents types d’étudiants, on estime que les réponses données sont d’une très grande fiabilité. Comme cette étude continue est non seulement la plus étendue mais aussi la plus ancienne elle est effectuée chaque année depuis 1975 , elle constitue notre meilleure perspective sur l’usage actuel de la drogue et sur son évolution. Ces chiffres ne mentent pas.

A la lecture de ces sondages, il est très probable que vos enfants aient essayé la drogue. Les chiffres varient légèrement d’une année à l’autre, mais 92 p. cent des élèves de douzième année disent avoir essayé l’alcool à un moment donné de leur vie, même si l’âge légal pour la consommation de l’alcool est maintenant fixé à vingt et un ans dans chaque État des ÉtatsUnis. Environ 67 p. cent de ces étudiants admettent avoir fumé du tabac. Fait encore plus incroyable, 54 p. cent admettent avoir consommé une drogue illégale, et c’est en fait le pourcentage le plus bas jamais rapporté dans le sondage. Les chiffres sont incontournables : à quelques exceptions près, au moment où vos enfants quitteront l’école, ils auront essayé une drogue ; ils passent à coup sûr une grande partie de leur temps avec d’autres enfants qui l’ont fait.

Pourquoi, alors, tant d’enfants font ils l’expérience de la drogue ? Sans doute parce que peu d’entre eux comprennent que le seul fait d’essayer des drogues même des drogues d’entrée peut être nocif. Environ le tiers des élèves de douzième année croient que quatre ou cinq verres d’alcool, presque chaque jour, ne leur feront pas de tort. Chose renversante, un très petit pourcentage croit qu’il est nocif d’essayer de petites quantités de drogues illégales : moins de 30 p. cent pour les amphétamines ou les barbituriques, moins de 20 p. cent pour la marijuana, à peine la moitié pour la cocaïne et l’héroïne. Au moins un élève sur dix refuse de croire qu’il risque de se faire du tort en utilisant régulièrement une drogue, quelle qu’elle soit. Les jeunes qui croient que la drogue est inoffensive vont en faire l’expérience.

A mesure qu’augmente le nombre d’étudiants qui essaient la drogue, augmente aussi le nombre de ceux susceptibles de continuer à en consommer occasionnellement, régulièrement ou abusivement. Ce sont les utilisateurs actifs, et bien que leur pourcentage demeure peu élevé, il est extrêmement important, car voilà le cour du problème de l’abus d’alcool et d’autres drogues.

Pour les usagers les plus actifs, la marijuana demeure la drogue illégale de choix. Presque le cinquième des élèves de douzième année en ont consommé pendant le mois qui a précédé le sondage. L’usage actif d’autres drogues illégales est encore peu élevé. Pas plus de 5 p. cent des élèves de douzième année ont admis avoir utilisé une autre drogue illégale pendant le mois précédent. Cependant, il faut garder deux choses à l’esprit. Premièrement, l’usage d’alcool et d’autres drogues varie largement d’une ville à une autre et d’une école à une autre. On consomme davantage de cocaïne, par exemple, sur les côtes Est et Ouest que dans le Sud ou le Midwest. Deuxièmement, tous les chiffres concernant les drogues illégales doivent être ajoutés à la quantité massive de la consommation active d’alcool. Examinons maintenant quelle proportion de nos enfants est en danger.