Devant le symptôme « fatigue », les parents vont donc consulter le pédiatre, en pensant que l’administration d’un fortifiant arrangera les choses.
Mais bien souvent il n’en est rien, car la fatigue ne relève pas uniquement de causes médicales, mais de la conjugaison de multiples facteurs.
Ainsi, pour traiter la fatigue d’un enfant, il faut non seulement s’attacher à déceler et à soigner toute cause médicale mais également tenir compte des conditions de vie et de travail de l’enfant.
A la suite d’une maladie, après une grippe, la fatigue physique de l’organisme entraîne une courte période de fatigue psychique et intellectuelle ; aussi devant un enfant fatigué faut il rechercher des antécédents de maladies récentes. Il faut savoir qu’un certain nombre de maladies entraînent un sentiment d’intense fatigue : l’hépatite virale, la mononucléose infectieuse, et certaines grippes en sont les meilleurs exemples. De même, une anémie même légère peut être responsable d’un état de fatigue, chez l’enfant, et demande en conséquence à être traitée sérieusement. Signalons qu’un état de fatigue chez l’enfant, imputable à des causes physiologiques, n’est de loin pas le cas le plus fréquent.
La télévision, bien sûr, peut être responsable de cet état de choses, mais bien plus fréquemment l’enfant manque de sommeil, car il désire rester éveillé le soir, pour profiter de la présence de ses parents.
En effet, on comprend aisément qu’un enfant de 4 ou 5 ans qui, dès 7 h du matin, est privé de la présence de ses parents, qu’il ne retrouve qu’à 7 h du soir, et qui passe ses journées entre l’école et la demeure de la nourrice où souvent il ne fait pas la sieste, désire rester un peu avec ses parents plutôt que d’aller au lit. Bien souvent, cet état de choses est inévitable, car la mère est obligée de travailler à plein temps.
La meilleure solution, souvent impossible, serait bien sûr que la mère puisse prendre momentanément un travail à mi temps.
De toute manière, il s’agit, dans ce cas, de consacrer beaucoup de temps à l’enfant pendant les loisirs. Il faut lui raconter des histoires, l’emmener en promenade, au manège, voir les animaux au parc zoologique, etc. Il faut être très près de lui et lui faire sentir que pendant ces longues journées on pense beaucoup à lui.
Dans les petites classes de l’école primaire, et même plus tard, le désir d’avoir de bons résultats inquiète, voire même angoisse quelquefois les enfants, surtout lorsqu’ils sont en présence d’enseignants particulièrement exigeants. Cette inquiétude constante, cette tension nerveuse sont des facteurs non négligeables de fatigue.
D’autre part, on demande aux enfants dès le cours préparatoire (l année de primaire) cinq ou six heures d’attention quotidienne, et pour des petits de 6 ans, c’est beaucoup.
A l’âge du lycée, en 4° et en 3°, il est des jours où les enfants ont six ou sept heures de cours, souvent ardus, et qui requièrent une concentration soutenue de la part d’enfants de 13 ou 14 ans. Ce rythme est très fatigant et si l’on songe, de plus, que l’attention des jeunes gens baisse obligatoirement au bout de trois ou quatre heures de travail, on se demande s’il est possible de faire un travail sérieux et efficace dans ces conditions. Ainsi, au cours du 2° trimestre, est il fréquent de constater que les enfants sont pâles et fatigués.
Cette fatigue de fin d’hiver, imputable tant à des raisons climatiques (absence de soleil) que scolaires, réagit très bien à des traitements fortifiants, à base de vitamine C et de fer.
Ce type de surmenage autrefois se constatait uniquement dans les milieux aisés. Actuellement, il gagne également des classes moyennes.
Il s’agit d’enfants dont les journées sont
minutieusement programmées et pour ainsi dire (bourrées) d’activités extrascolaires non libres.
Ecole, musique, poterie, sport, enseignement religieux, leur emploi du temps est minuté du lundi au samedi après midi avec, pour les petits citadins, weekend à la campagne dont ils ne rentrent que le dimanche soir à minuit !
Cette course effrénée n’est guère bienfaisante pour les enfants, car, en raison du surcroît de fatigue incontestable qu’elle entraîne, elle les prive de l’essentiel : d’un peu de solitude avec eux mêmes et du temps de rêver et de laisser vagabonder leur imagination, dans le jeu ou dans des activités qu’ils auront eux mêmes décidés.
La fatigue ou la dépression de leur mère ou de leur père, les plaintes répétées de leurs parents, ne sont pas sans influencer le dynamisme et la vitalité des enfants.
Ainsi, une atmosphère familiale terne et tendue peut être cause de fatigue et d’abattement chez l’enfant.
Devant un enfant fatigué, le médecin recherche en premier lieu à mettre en évidence une cause somatique afin de la soigner. Puis il s’attache à percevoir l’ensemble de la personnalité et du mode de vie de l’enfant, afin de comprendre les causes de sa fatigue.