La notion de premier verre

Après quelque temps d’abstinence, le malade a repris possession de ses moyens. Il a retrouvé une certaine confiance en lui et, le principal danger qui le guette, c’est le premier verre. Il estime être définitivement guéri et pense qu’un petit verre de vin ou une bière ne pourra pas lui faire de mal. Ce serait vrai s’il n’était pas malade alcoolique. Même après des mois, voire des années d’abstinence, l’alcool, sous toutes ses formes, reste un produit contre lequel il ne peut pas lutter. Les cas de rechute, après ce fameux premier verre, sont beaucoup trop nombreux et fréquents pour qu’on le sous estime. Vaut il la peine de compromettre sa liberté ? C’est ce que ne manqueront pas de souligner au malade toutes les personnes, ayant une bonne connaissance du problème de l’alcool, qui le soutiendront dans sa nouvelle vie.

Le retour dans la famille

Pendant toute sa période d’intoxication et, éventuellement, pendant sa cure, vous vous êtes organisé pour aplanir tous les problèmes quotidiens, pour prendre en charge la maison et l’éducation des enfants (si vous en avez). Pour vous préserver, et parce qu’il fallait bien que la vie continue, vous avez fait un peu comme si votre compagnon (ou votre compagne) n’existait pas. Aujourd’hui, il (ou elle) regagne sa place au sein du foyer et il faut, petit à petit, redistribuer les rôles.

Souvent, par la force des choses, les adolescents se sont un peu substitués à celui de leurs parents souffrant dans l’alcool. Une place qu’ils ont assumée, pour la plupart, avec courage et maturité. C’est pourquoi il est important de faire preuve avec eux de psychologie, pour qu’ils ne perçoivent pas leur père abstinent (ou leur mère), de retour à la maison, comme un intrus. Ce sens des responsabilités qu’ils ont acquis, il faut essayer de le préserver, sans rivalité avec celui (ou celle) qui s’est arrêté de boire. L’alcool, lorsqu’il frappe un membre de la famille, fait « grandir » les enfants plus vite. C’est inévitable et le retour en arrière est ensuite impossible.

Un autre problème vient aussi planer sur la famille et rend difficiles les relations entre chacun de ses membres : la crainte que l’alcool frappe de nouveau, l’angoisse de la rechute. Alors, sans le vouloir, vous surveillez les allées et venues du nouvel abstinent, vous frémissez dès qu’il (ou elle) a un peu de retard, vous ne pouvez vous empêcher de poser des questions. Prenez garde : pour rester dans ses rails, l’alcoolique abstinent a besoin de se sentir « normal », qu’on ait confiance en lui, qu’on ait des relations d’adulte avec lui et, surtout, qu’on ne le prenne pas pour un irresponsable attardé. Essayez de maîtriser votre peur. De toute façon, quoi qu’il arrive, vous n’y pourrez rien. Au contraire, en faisant preuve de calme et de confiance, votre compagnon (ou compagne) n’aura qu’un désir : partager la sérénité qui émane de vous. Le secret pour y arriver est de saisir toutes les occasions pour établir entre vous ce qui a fait si longtemps défaut : un dialogue vrai, direct et sans ces sous entendus qui ne mènent qu’aux malentendus et à l’incompréhension.

Ne vous risquez pas non plus à brandir le passé pour instaurer un climat de peur et de reproche. Si vous comptez faire fuir la rechute par ce procédé, vous risquez au contraire de la favoriser. Le passé existe et il n’est pas question de le nier. Mais aujourd’hui, vous construisez le présent et l’avenir sur de nouvelles bases, ancrées sur la confiance réciproque. Si vous vivez ensemble, c’est pour le meilleur et pour le pire. Vous avez connu le pire et avez tenu bon, sans pour autant le (ou la) quitter. A vous deux, maintenant, de vivre le meilleur.