C’est le type même de l’urgence, mais une urgence qui va se terminer très favorablement. La veille, le sujet entendait bien, mais le matin quand il se réveille, il est sourd, sourd d’une seule oreille. Il essaie d’entendre le tic tac de sa montre, vainement. En revanche, il a des bourdonnements d’oreille et une sensation de pression dans le conduit auditif externe.
Ici, il faut préciser quelques détails d’anatomie et de physiologie du conduit auditif externe :
Dans le conduit auditif de chacune des deux oreilles se trouvent, comme sur toute la surface de l’épiderme, des glandes sébacées appelées, au niveau de l’oreille, glandes cérumineuses qui sécrètent une substance spéciale : le cérumen. Ces glandes s’ouvrent dans les orifices pileux qui tapissent le conduit auditif ; ce sont ces poils, qui, réduits à l’état de duvet invisible chez le jeune, se développent considérablement chez le vieillard. Lorsqu’on examine le conduit auditif à la lampe, on aperçoit nettement les orifices de ces glandes. Le cérumen est une matière onctueuse, de couleur jaune clair et de saveur amère, qui s’amasse insensiblement au fond du conduit auditif. A sa sortie des glandes, cette substance est molle, semi liquide et elle s’épaissit au contact de l’air pour prendre l’aspect de la cire.
En général ces petits amas de cire sont expulsés à l’extérieur sous l’effet justement du minuscule système pileux de l’oreille qui est dirigé vers l’extérieur et dont l’ensemble a le même rôle qu’une entrée de souricière : le petit fragment de cire peut rouler vers l’extérieur mais a du mal à revenir en arrière. L’oreille assume donc elle même grâce à son système pileux son propre balayage. Pourtant les fragments de cire peuvent s’entasser dans le fond de l’oreille contre la membrane du tympan et cela dans deux cas :
Le cérumen accumulé et tassé contre la membrane du tympan se durcit, fonce et finit par boucher le conduit auditif. Tant qu’il existe une fissure dans ce « mur du son », le sujet entend assez bien, mais si le bouchage est hermétique c’est la surdité unilatérale et l’arrivée en catastrophe chez le médecin. Celui ci met en place un spéculum d’oreille et fait aussitôt son diagnostic.
Si le bouchon parait compact, il n’y a pas intérêt à s’y attaquer tout de suite. Le médecin qui a une expérience de ce genre d’incident rassurera le patient et lui conseillera de mettre, 3 ou 4 fois par jour dans l’oreille pendant 2 ou 3 jours, une huile de glycérine qui ramollira la cire. Ensuite seulement, il essaiera d’extraire le bouchon.
Pour cela on utilise une canule auriculaire reliée par un tuyau à une poire qui envoie un petit jet d’eau dans l’oreille. L’eau doit être à 37° sous peine de déclencher des réactions vertigineuses. Au bout d’un moment des débris de cire commencent à ressortir de l’oreille, ensuite, c’est le bouchon tout entier ; il est dur, noirâtre et paraît moulé sur le conduit auditif.
Aussitôt l’audition parfaite se rétablit et le patient a envie de crier au miracle, car depuis quelque temps il entendait mal mais ne s’en rendait pas très bien compte.