Pour qu’un alcoolique éprouve le désir, le besoin impérieux d’arrêter de boire, c’est qu’il a atteint un seuil de souffrance, dans l’alcool, au delà duquel sa vie n’est plus possible. Comme disent les Alcooliques Anonymes : « Il a touché son fond. » C’est alors que peut se produire dans sa tête ce que les médecins appellent « le déclic ». Il faut qu’il se sente cerné de toutes parts pour arriver à la capitulation, pour qu’il admette que sa volonté n’a aucune prise sur le démon qui le hante : celui qui le pousse à boire de l’alcool pour survivre.
Mais il faut que cette prise de conscience se fasse sans votre intervention. S’il ne vous demande rien, il ne faut rien lui proposer. C’est d’ailleurs un très bon test pour savoir si la vie vaut la peine d’être vécue. Ne le poussez pas, même dans le positif, il doit décider tout seul. Vous avez déjà suffisamment de mal, petit à petit, à aplanir toutes les tensions. Lorsqu’un enfant apprend à marcher, il tombe puis se relève tout seul. C’est aussi tout seul que le malade alcoolique doit décider de s’en sortir. Autrement, aucune thérapie ne sera efficace.
Enfin conscient que sa liberté est aliénée, il voudra essayer de se libérer de cette entrave avec la même force du désespoir qu’un homme en train de se noyer. Son esprit va se mettre à chercher une issue ou à accepter les solutions proposées par les autres. Pour tous ceux qui ne peuvent boire modérément, la question est de savoir comment arrêter.
Ce n’est certainement pas la meilleure façon de faire, on peut même affirmer que les cas de réussite, sans aide d’aucune sorte, sont rares. Mais de même que l’alcool est le problème propre de celui qui en souffre, sa sobriété le concerne aussi directement, sans que personne n’ait à intervenir s’il n’en exprime pas le désir ou le besoin. Si votre compagnon (ou votre compagne) met un point d’honneur à trouver seul sa porte de sortie, ne vous en mêlez pas. Dites lui seulement que si un jour il (ou elle) a besoin d’aide, vous essaierez de l’aider. Même si vous souffrez d’être exclu de son jardin secret, c’est la seule façon de lui montrer que vous le (ou la) respectez.
Vous attendez ce moment depuis si longtemps même si vous avez appris à moins vous impliquer dans son problème qu’il est nécessaire d’être prêt pour ce jour là. Prêt à trouver les mots justes, à apporter les bonnes réponses, à suggérer les bonnes voies, à l’emmener là où il faut, à conduire la voiture qui le mènera à la rémission de sa maladie. C’est pourquoi il est indispensable de vous être informé avant, auprès de personnes compétentes en la matière, des méthodes les plus efficaces pour l’aider à se libérer de ses chaînes. Vous les découvrirez dans le chapitre suivant. A partir du moment où le désir d’arrêter de boire se présente comme une absolue nécessité pour l’alcoolique, où cette conviction vient du plus profond de lui même et non pas d’une quelconque pression ou d’un chantage, tous les espoirs sont permis.