Si vous êtes en train de vivre une période « d’observation », vous devez noter de grands changements dans le comportement de celui (ou celle) dont vous partagez la vie. Cette personne devient fantasque, surprenante, déroutante. Son humeur passe de la gaieté à la tristesse. Puis les courtes phases de gaieté semblent émerger sporadiquement des longues phases de tristesse. Parfois, des colères explosent à partir de rien. A d’autres moments, c’est l’anéantissement. Et vous, vous regardez tout cela sans rien y comprendre. Vous essayez de poser des questions, de savoir ce qui se passe, et vous constatez que la communication devient de plus en plus difficile entre vous. Comme si, parfois, et de plus en plus souvent, vous n’étiez pas sur la même planète. Ce climat vous inquiète et vous redoublez de suspicion. La peur et la souffrance s’installent dans votre vie.
Ces changements généraux de comportement sont encore accentués lorsque cette personne boit. Dans un premier temps, l’alcool lui procure un sentiment de bien être. Elle balaie ses soucis et ses problèmes, flotte sur une douce torpeur ou nage dans l’exaltation, oublie sa peur et aucune tension ne vient plus l’électriser. Pour ne pas laisser échapper ce bien être, elle va boire davantage et, petit à petit, devenir intouchable, invulnérable. Le monde est à ses pieds, personne ne trouve grâce à ses yeux. Et vous, vous faites partie de cette « racaille » dont elle fait tout pour se dissocier. Vous comprenez pourquoi la communication est si difficile. Il ne faut pas lui en vouloir ; elle ne peut pas maîtriser ses élans. Et si cette personne continue à boire, soit elle s’endormira d’un sommeil compact, soit, auparavant, elle aura commis quelque acte de violence qui aura pu lui attirer des ennuis.
Lorsqu’elle est à jeun, cette personne est souvent dépressive, elle exprime son mal de vivre ou reste enfermée dans son désarroi. Les plus confiants émettent le désir de voir un psychiatre, d’autres se trouvent des douleurs dans le dos ou ailleurs et veulent consulter un généraliste, d’autres encore se replient sur eux mêmes, soutenus par leur breuvage salvateur. La plupart n’osent pas s’avouer qu’ils ont un problème d’alcool et préfèrent s’inventer d’autres maladies. Pourtant, ils sont conscients de trop boire puisque, bien souvent, ils le font en cachette, font disparaître des bouteilles vides ou en dissimulent des pleines dans des lieux imprévisibles. Une attitude qui peut sembler infantile mais qui prouve bien, par son incohérence, à quel point elle est pour eux incontrôlable.
Et vous, impuissant, vous assistez à la dégradation de l’être que vous aimez. Vous commencez à rendre l’alcool responsable de cette situation qui vous fait souffrir. Vos craintes se confirment.