Ce besoin irrésistible et irrépressible de boire, autrement dit la dépendance vis à vis de l’alcool, est ce qui détermine la maladie de l’alcoolisme. A partir de là, on peut définir plusieurs attitudes, différentes façons de boire, selon la personnalité de celui (ou de celle) qui souffre de ce mal.
La notion de personnalité est très importante car elle entrera en ligne de compte lorsqu’il s’agira de déterminer les aides thérapeutiques les plus appropriées pour arrêter de boire.
De façon très schématique, disons qu’il se dégage deux grandes tendances : l’alcoolisation régulière et l’alcoolisation cyclique.
C’est la forme d’alcoolisation la plus fréquente en France qui est un pays où l’alcool, sous toutes les formes, existe partout et où chaque instant de la journée peut être le prétexte pour boire un verre, sans que cela soit choquant ou mal venu pour qui que ce soit. Certains appellent cela « l’alcoolisme mondain » ; on peut également le qualifier de convivial.
Le portrait du buveur excessif reflète bien cette réalité. Mais lorsqu’une personne a un problème d’alcool, il lui est très difficile d’échapper à cela, tant les prétextes se multiplient presque « naturellement » : on boit aussi bien pour les événements heureux que dans les circonstances tristes. D’ailleurs, le simple fait d’essayer de s’y soustraire n’est pas reconnu par les autres comme un acte « normal », et ils insistent en prétextant qu’un petit verre ne peut pas faire de mal. Ce qui est vrai, a priori, mais s’avère totalement faux lorsque cette remarque s’adresse à un(e) alcoolique.
L’alcoolique régulier boit tous les jours, toute la journée et jusqu’au coucher. Il « tient bien » l’alcool et il est assez rare de le voir ivre mort. Il arrive à maintenir une certaine dignité apparente, mais son esprit est en permanence embué, nébuleux et loin de la réalité. Il est, bien sûr, impossible de communiquer normalement avec lui. C’est précisément la constance de cet état second qui rend la vie très difficile avec ce type de malade alcoolique. Il n’a pratiquement jamais de moments de vraie lucidité.
Cette forme d’alcoolisation est plus impressionnante pour l’entourage car elle débouche souvent, et même la plupart du temps, sur une ivresse totale, avec crise de violence, léthargie ou coma éthylique. Ces malades alcooliques peuvent très bien rester deux ou trois jours sans absorber une seule goutte d’alcool, mais lorsque le processus est enclenché, c’est toujours jusqu’au bout, et rien ni personne ne peut stopper l’engrenage.
Ce type d’alcoolisme est plutôt plus fréquent chez les Anglo Saxons où l’on boit quand on veut chez soi, ou au « pub » à partir de 17 heures. Imaginez qu’en France, les cafés n’aient pas le droit de servir de l’alcool (donc pas non plus de bière) avant cette heure avancée de l’après midi ! Ce serait la révolution... Mais si nos voisins d’outre Manche souffrent plus fréquemment de cet alcoolisme irrégulier, cela ne veut pas dire que la France en soit exempte. Les cas sont d’ailleurs de plus en plus nombreux, surtout chez les jeunes.
Il n’est pas simple non plus de vivre avec ce type de malades alcooliques. S’il est un peu plus facile de communiquer avec eux du fait des périodes d’accalmie qui ponctuent les moments de crise, en revanche, les crises peuvent être si fortes que vous, à ses côtés, vivez en perpétuel état de peur. Certains proches d’alcooliques appellent cette peur « un crabe au creux du ventre ». L’image est suffisamment parlante en soi pour se passer de commentaires.