Vivre tous les jours, ou même par intermittence, avec un alcoolique exige beaucoup de patience et d’amour... mais pas trop ! En effet, sans le vouloir, et sans même s’en rendre compte, de nombreuses personnes, vivant dans l’entourage d’un malade alcoolique, contribuent à entretenir la maladie et nuisent ainsi à son rétablissement. Comment ? En le surprotégeant, en volant à son secours chaque fois qu’il se met dans une situation délicate ou dangereuse, en réparant les fautes qu’il a commises, en prenant tout en main, c’est à dire en le déresponsabilisant ou, en un mot, en le maternant. Sans doute vous direz vous que vous agissez pour son bien, que, sans vous, Dieu sait dans quel caniveau il pourrait se retrouver, que vous faites tout cela par amour pour lui (ou pour elle). Pourtant, c’est le contraire qui se passe. Votre attitude, à long terme, est dangereuse pour cette personne car elle la maintient dans son irresponsabilité. Même si vous lui soutenez que vous ne lui porterez plus jamais secours, elle sait très bien que vous le ferez toujours. Le meilleur service à lui rendre est de ne plus vous laisser entraîner dans ses sables mouvants.
Voilà encore un principe très difficile à admettre pour vous qui l’aimez et voulez son bien. Pour vous en convaincre, n’oubliez jamais qu’implicitement, c’est ce qui lui permet de continuer à boire. En effet, c’est une façon de lui dire : « Tu ne peux pas t’en sortir sans moi », ce qui prouve votre manque de confiance en lui et accentue encore le sien.
Vous rencontrerez certainement des difficultés en apprenant ce nouveau rôle, cette nouvelle attitude à son égard, car le malade vous savait entièrement soumis à lui. Peut être même traverserez vous des périodes de révolte. Mais persévérez, c’est la seule façon d’aider vraiment l’alcoolique qui vous est cher. Le but de cette nouvelle attitude : restaurer des relations d’adultes, abolir les rapports de force, rétablir l’estime de soi et la confiance réciproque.
Il arrive parfois qu’à la suite d’un changement trop brutal, certains malades réagissent par une alcoolisation accrue car ils se sentent soudain abandonnés, livrés à eux mêmes. Si vous constatez ce problème, à vous de bien lui faire sentir la différence entre le désintérêt, l’indifférence et les changements d’objectifs. Malgré les apparences, c’est l’amour, et lui seul, qui dicte cette nouvelle attitude.
Nous sommes loin, semble t il, des pièges qui jalonnent la vie quotidienne avec un alcoolique. Ce préambule, au contraire, est une ligne directrice, un nouvel état d’esprit dont il faut que vous vous imprégniez et qui vous aidera à les affronter. Vous qui les vivez, vous savez qu’ils sont nombreux et de tout ordre. Les pages qui suivent vous rappelleront les situations les plus courantes.