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 Les parents permettent leurs enfants par culpabilité et par amour

Le fait de permettre provient des mêmes instincts protecteurs qui lient les parents à leurs enfants. Même après qu’on ait mis au jour la réalité, le soutien parental ne va pas disparaître soudainement, pas plus que l’usage de la drogue. À présent, plus que jamais, les parents peuvent avoir d’autres raisons de soutenir leurs enfants. Les utilisateurs se créent des problèmes continuels. Très souvent, les parents trouveront impossible de laisser leurs enfants souffrir de ces problèmes, même de ceux qu’ils se sont eux mêmes causés. Ils accorderont une permission à leurs enfants, les protégeant des conséquences de leurs propres gestes.

Les parents permettent par culpabilité, par peur et par amour. Il peut sembler stupide que des parents qui aiment leurs enfants agissent d’une façon qui, en réalité, les maintient en état de dépendance, mais pour certains parents, le réflexe de protection est si ancré qu’il leur est impossible de s’arrêter et de regarder objectivement ce qu’ils font. Nous allons maintenant jeter un coup d’oeil à certains aspects de la permission. Ne soyez pas surpris si vous vous reconnaissez.

La culpabilité

Trop souvent, les parents se culpabilisent pour le comportement de leurs enfants. Les parents qui se sentent coupables de ne pas voir souvent leurs enfants à cause des pressions du travail, les parents seuls qui se sentent coupables à cause de leur divorce, les parents stricts qui ont l’impression d’avoir mené leurs enfants à la désobéissance, les parents permissifs qui ont l’impression de n’avoir pas établi suffisamment de règles : presque tous ressentent au moins un peu de culpabilité et se disent : Si seulement j’avais mieux agi.

Les jeunes apprennent à exploiter ces sentiments de culpabilité. Ces parents peuvent être incapables de dire non si leurs enfants reviennent chez eux et disent qu’ils veulent consommer de l’alcool à leur fête. Ils négocieront peut être une entente selon laquelle les jeunes ne pourront boire à la maison que s’ils ne le font nulle part ailleurs.

Les parents enfoncés dans leur déni ressentent peut être la culpabilité de l’hypocrisie s’ils refusent que leurs enfants essaient la marijuana ou la cocaïne qu’eux mêmes consomment. De même, les parents qui, dans leur jeunesse, ont pris une grande quantité de drogues et d’alcool auront peut être l’impression que leur refus priverait leurs enfants d’une part normale de la croissance. Les parents qui participent activement à l’entrée de leurs enfants dans le monde de la drogue sont les plus lamentables et les plus destructeurs.

Les enfants ont la capacité de trouver d’autres façons de manipuler leurs parents, en particulier en dressant un parent contre l’autre. Les mères qui s’inquiètent parce qu’elles ne peuvent être présentes dans des rôles traditionnels au foyer et les pères qui préfèrent donner à leurs enfants de l’argent plutôt que du temps, sont destinés à être exploités. Lorsque les enfants ont besoin qu’on les tire d’affaire par exemple, lorsqu’ils sont assignés en cour pour conduite dangereuse ou pris en flagrant délit de vol à l’étalage, ou qu’ils vomissent sur la nouvelle moquette du salon ces parents vont courir à la rescousse de leurs enfants et faire disparaître le désastre avant que l’autre parent ne le découvre. Ils se diront peut être qu’ils ne font que tenter d’aider leur enfant, mais en réalité ils le font pour échapper à la culpabilité de ne pas être les parents idéaux qu’ils voudraient être.

Certains parents n’aiment pas non plus voir leurs enfants trop isolés ou différents des autres. Si d’autres parents permettent à leurs enfants de fumer dans la maison, ces parents cèdent et laissent leurs enfants le faire eux aussi. S’ils savent que leurs enfants sont tenus à l’écart de leur cercle social par une position parentale trop radicale sur la drogue, ils assouplissent leur idéal afin que leurs enfants s’insèrent mieux.

Tous les parents veulent une meilleure vie pour leurs enfants. Mais les normes sont très importantes si on veut qu’un enfant devienne un adulte sain et responsable. Les conséquences de la drogue sont pires que la culpabilité causée par la tristesse momentanée d’un enfant. La drogue n’est jamais une solution, et les parents ne devraient jamais se sentir coupables de leur fermeté et de leur refus.

La peur

Les enfants n’envisagent jamais les conséquences à long terme de leur usage de la drogue. C’est triste, mais il faut s’y attendre : les enfants ne voient pas grand chose à long terme. Les parents ne sont pas censés agir aussi stupidement, mais ils le font. Et lorsque leur peur des conséquences à court terme est plus grande que leur peur de la drogue, ils sont permissifs.

Bien des parents ont une peur bleue de perdre la maîtrise de leurs enfants. Par peur que leurs enfants consomment à l’extérieur de la maison et hors de leur supervision, certains parents leur permettent de garder de la bière dans le réfrigérateur ou d’emprunter des boissons fortes ou de filmer du pot dans leur chambre. Ils préfèrent envoyer le message que la drogue est correcte plutôt que de perdre leur autorité en ne sachant pas ce que font leurs enfants.

D’autres parents ont tout simplement peur de leurs enfants et ont déjà perdu le contrôle. Ces parents reculent devant des défis. S’ils entendent leur enfant dire : « Je ne prends pas de drogue », ils le croient, peu importe les preuves. Si leur enfant les avertit que s’ils ne cessent pas de le harceler, il va prendre encore plus de drogues, les parents se tiendront tranquilles. Si leur enfant revient à la maison ivre et batailleur, ces parents tourneront la tête plutôt que de commencer une dispute. S’ils ont un enfant qui se drogue et qui fait le fou, ils font semblant de rien, de peur que l’enfant ne quitte le foyer.

Bien des parents tentent désespérément de garder ces problèmes soigneusement cachés dans la maison, et de courir protéger leur enfant lorsque le monde extérieur veut les punir. Ces parents craignent ce qui arriverait si leurs enfants étaient expulsés de l’école ou se constituaient un casier judiciaire, et ils font donc tout ce qu’ils peuvent pour protéger leurs enfants.

Les parents permissifs peuvent commencer par de petites choses, comme de dire aux enseignants que leur enfant était malade et retenu à la maison, plutôt que d’admettre qu’il souffrait d’une gueule de bois ou d’une « défonce ». Plus tard, ces mêmes parents chercheront peut être de nouvelles écoles pour leurs enfants plutôt que de les laisser se faire traiter d’enfants problèmes. Ils paieront des primes d’assurance pour des collisions, ou embaucheront des avocats pour faire rayer du dossier de leur enfant des accusations de vol à l’étalage ou de trafic de drogues.

Les parents permissifs ne comprennent tout simplement pas qu’ils ne font que retarder l’inévitable, et que plus ils le retardent, plus les conséquences seront graves lorsque leurs enfants devront finalement s’assumer et assumer leurs actions.

L’amour

Les parents passent leur vie à souhaiter faire disparaître tous les problèmes et toutes les souffrances de leurs enfants. Les parents soulagent d’une bise l’éraflure et passent la nuit debout lorsque l’enfant est atteint de la rougeole. Toute personne qui n’agit pas de cette façon est considérée indigne du rôle de parent. Le problème, c’est que la plupart des parents transposent ce comportement dans leur façon de traiter la toxicomanie de leur enfant.

Nous comprenons à quel point il est difficile pour les parents de voir leurs enfants bien aimés se faire blesser. A cause de la nature même de la dépendance, les alcooliques et les toxicomanes ne voient pas leur propre dépendance, peu importe à quel point elle peut être claire pour leur famille. Par amour, des parents permettent à leurs enfants de poursuivre dans la même voie, et laissent se poursuivre la dépendance sans intervention convenable. Permettre à des alcooliques et à des toxicomanes de faire l’expérience de leurs propres problèmes les aide à atteindre le fond, ce qui les oblige à laisser la réalité pénétrer leur mur de déni.

Les autres qui permettent

Les parents ne sont pas les seuls à être permissifs. Des frères couvrent leurs frères et soeurs ; des amis s’incitent mutuellement à prendre de la drogue ; des enseignants négligent des problèmes de drogue évidents ; la police laisse courir les enfants pour faire plaisir à la famille. Parfois, le monde entier semble participer à une conspiration visant à encourager les jeunes à consommer de la drogue, à leur enseigner que l’usage de la drogue est vraiment positif et à les protéger du tort qu’elle peut engendrer.

Le message « prenez de la drogue » dont nous avons parlé plus tôt est en réalité une forme de permissivité sociale. Bien que cela change peu à peu : aujourd’hui, à la télévision, ce sont habituellement les méchants qui fument, l’humour sur la drogue est souvent interdit, et les personnages ne passent pas autant de temps à boire qu’avant.

Mais encore, l’alcool et la drogue font vraiment partie de notre société. Les publicités pour les marques de bière, qui prétendent que l’alcool est indispensable au plaisir, sont diffusées devant des auditoires de plus en plus jeunes. Les magazines à l’eau de rose destinés aux adolescentes sont remplis d’annonces de cigarettes. Les athlètes obtiennent une deuxième et une troisième chance de revenir à leur équipe et à leurs méga salaires après avoir été trouvés coupables d’usage de drogues. Le sprinter olympique canadien Ben Johnson, dépouillé de sa médaille d’or pour usage de stéroïdes, s’est fait récemment offrir le cachet le plus important jamais offert pour un retour à la compétition. Les listes de best sellers débordent d’autobiographies de vedettes qui racontent en détail leurs vie cachées d’alcooliques et de toxicomanes. Il est triste que l’on insiste moins sur leur liberté nouvelle et durement acquise par rapport aux drogues, que sur les vies fastueuses qu’ils vivaient jadis lorsqu’ils en consommaient.

Les parents doivent prendre conscience du phénomène de la valorisation de l’usage de la drogue dans notre société, surtout celui de l’usage des drogues d’entrée légales, telles que les cigarettes et l’alcool. Remarquez les messages ambigus qu’on envoie lorsque les noms mêmes d’événements sportifs sont associés à une marque de cigarette, ou lorsqu’une tournée de concerts rock par une vedette alcoolique est commanditée par un fabricant de boissons alcooliques. Remarquez le grand nombre de fois, dans des films ou à la télévision, que l’alcool ou d’autres drogues sont décrits comme des parts indispensables du plaisir ou de la belle vie. Parlez à vos enfants chaque fois qu’un article de journal ou de magazine semble suggérer qu’il existe des pilules pour chacun de nos problèmes quotidiens.

A en juger par l’admiration dont on entoure les vedettes qui abandonnent l’usage de la drogue après des années, notre société a la malheureuse tendance à approuver ceux qui font les fous dans leur jeunesse, pourvu qu’ils se rattrapent plus tard. Il est possible que les parents le fassent inconsciemment, avec en mémoire leur propre passé. Il serait utile que ceux qui pratiquent les vertus éternelles de chasteté, d’abstinence et de tempérance ne soient pas aussi souvent décrits comme des prudes, des petits saints et des naïfs.

Malheureusement, on ne publiera jamais de biographie de vedettes mortes d’une surdose, d’un accident d’auto, d’asphyxie en vomissant ou d’un suicide en consommant des stupéfiants. Tant que les exemples de la vie de vedettes continueront d’étouffer les leçons silencieuses des morts, les parents devront travailler deux fois plus pour contrer le message permissif que répandent les médias.

Nous ne pouvons qu’espérer que les parents utilisent ce chapitre pour examiner leurs propres gestes et comportements. Le déni et la permission permettent à vos enfants de se droguer. Si vous voulez qu’ils arrêtent, vous devez changer.