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 Pourquoi les jeunes prennent-ils de la drogue ?

Nous avons esquissé les étapes de l’usage de la drogue : la première expérience, l’usage quotidien et finalement la drogue comme une fin en soi. La plupart des jeunes prennent de la drogue, mais peu d’entre eux finissent par y engouffrer leur vie. Aucune réponse magique ne peut aider les parents à comprendre lequel de leurs enfants poursuivra ce comportement autodestructeur ni pourquoi. Quelle que soit la situation dans laquelle se trouvent vos enfants, le fait de comprendre pourquoi ils prennent de la drogue vous fournira des indications importantes en vue d’une intervention et d’un traitement intérieur.

Dans cette page, nous ferons l’inventaire des principales raisons pour lesquelles un jeune essaie la drogue et continue d’en prendre ; nous en parlerons en relation avec les niveaux auquel il se trouve. Veuillez noter que ces raisons sont présentées dans un ordre particulier. Avec les dernières raisons, l’utilisation vers ces stades est de plus en plus probable à mesure que progressera ce chapitre. Vous découvriez que les premières raisons sont les plus courantes, car la plupart des jeunes ne dépassent jamais les niveaux 1 et 2.

Les raisons définitives ne seront pas aussi évidentes, puisqu’une grande partie de l’usage de la drogue consiste à nier ou à fuir les problèmes sérieux de la vie.

Pour planer. Prendre des drogues ou de l’alcool tout simplement pour planer, pour les sentiments euphoriques qu’ils procurent, cela semble si évident que les gens l’oublient et se sentent obligés de trouver une raison profonde à tout comportement. Par ailleurs, le fait de vouloir se sentir bien est une motivation humaine fondamentale. Il peut être vrai que personne n’a besoin de drogues ou d’alcool pour s’amuser, mais en examinant votre propre mode de vie, vous découvrirez probablement que certaines drogues probablement l’alcool, le tabac ou le café vous semblent indispensables. Peut être n’êtes vous pas porté à l’exagération ; peut être en faites vous un usage assez modéré. Vous vous dites que vous pouvez le tolérer. Dans ce cas, vous faites partie de la vaste majorité des adultes qui sont des utilisateurs arrivés aux premier et deuxième niveaux.

Les jeunes prennent de la drogue pour les mêmes raisons que les adultes. Et ils utilisent la drogue, surtout l’alcool, au même endroit et au même moment et de la même façon que les adultes : au cours de fêtes, d’événements sportifs, comme récompenses, avec des amis. Le jargon de la culture des jeunes tripper, fêter, tinker, stoner, buzzé ou défoncé atteste du besoin le plus courant chez les jeunes usagers de la drogue : planer, habituellement au milieu d’une foule.

La drogue réconforte les gens : c’est la raison pour laquelle la demande est encore si forte après des millénaires. En même temps, il y a d’autres façons, plus valides et plus sûres, d’avoir du plaisir. En fait, l’usage intensif de la drogue nie le plaisir que les utilisateurs en tirent à petites doses. Voilà pourquoi la plupart des jeunes qui prennent de la drogue pour planer ne dépassent jamais les niveaux 1 ou 2.

Curiosité et ennui. La curiosité et l’ennui sont l’envers de la même médaille. Les deux font en sorte que les jeunes cherchent l’aventure et la stimulation, les nouvelles expériences, rencontres, habiletés et techniques, ou cherchent une façon de tuer le temps et d’avoir plus de plaisir qu’à l’école, au travail, dans des corvées ou obligations. La drogue est une réponse tentante à leur quête.

La curiosité est naturelle chez les jeunes. Songez au nombre de fois que vous avez dû dire « Non ! » à vos enfants ou que vous avez dû courir pour les sauver d’un rebord de fenêtre ou d’une prise électrique. En dépit des dangers qu’elle comporte, la curiosité est indispensable pour les jeunes. Sans elle, ils n’apprendraient jamais à marcher, à lire et à écrire, à comprendre comment fonctionne le monde qui les entoure. Tout ce qui est nouveau et différent est un attrait pour les jeunes, surtout si cela fait également partie du monde séduisant et fascinant des adultes.

La drogue fournit une infinité d’occasions de satisfaire cette curiosité. En fait, la curiosité est probablement une raison beaucoup plus importante pour attirer les jeunes que le fait de planer. C’est peut être difficile à croire, mais beaucoup de jeunes sont déçus par la drogue. Ils n’aiment pas le goût qu’ils ont en bouche après avoir fumé une cigarette, les maux de tête que leur donnent les inhalants, la gueule de bois au lendemain d’une beuverie. Nombre d’entre eux s’arrêtent à ce point et n’iront jamais plus loin.

D’autres demeurent curieux parce qu’ils entendent parler des prétendus effets bénéfiques de la drogue et, par conséquent, ils ne s’arrêtent jamais. Ils continuent d’essayer une plus grande quantité de drogue, ou des drogues différentes, ou de nouvelles combinaisons de drogues, jusqu’à ce qu’ils aient exploré tous leurs effets possibles. Et parce qu’il existe tellement de drogues, il y a toujours une autre drogue à essayer, toujours une nouvelle façon de l’essayer. La curiosité les fait dépasser les drogues d’entrée et essayer de nouvelles substances plus exotiques : pilules, LSD, cocaïne, PCP, héroïne. Bien que seul un petit pourcentage des jeunes empruntent cette voie, la curiosité peut faire passer des utilisateurs au niveau 3, avant même qu’ils ne s’en rendent compte. A partir de ce moment, c’est la drogue qui mène.

Ce que nous avons dit s’applique aussi bien, en grande partie, à l’ennui. Tous les parents savent avec quelle facilité des enfants qui semblent avoir tous les jouets possibles, des tonnes d’amis et une imagination active, arrivent tout de même à s’ennuyer. L’ennui pousse certains jeunes à essayer des choses interdites. La drogue est presque la plus grande source de perte de temps jamais inventée. Pour en trouver, on peut gaspiller un après midi et en même temps vivre une aventure, surtout s’il est question de voler de l’alcool à la maison, d’essayer d’acheter de la bière avec une fausse pièce d’identité ou de partir à la recherche d’un revendeur du quartier. Les rituels de l’usage de la drogue prennent plus de temps : rouler des joints, bourrer des pipes, vider des canettes de bières. De plus, la drogue même provoque une distorsion de la perception du temps et enjolive un temps mort.

Les jeunes vivent dans le moment présent. Ils ne remettent pas le plaisir à plus tard, comme le font parfois les adultes. Ils vivent pour la gratification immédiate, et c’est l’une des raisons pour lesquelles ils s’ennuient si facilement. La drogue satisfait également ce besoin. La drogue agit immédiatement et continue d’agir aussi longtemps qu’on en prend.

Les jeunes qui sont particulièrement sujets à l’ennui peuvent avoir d’autres problèmes : apprentissage de gestes inutiles qui les détournent de la lecture, ou difficultés sociales ou comportementales qui les tiennent à part des autres jeunes. Par ailleurs, bien des jeunes grandissent dans un monde sans jeux vidéo, sans parents attentifs ni installations récréatives commodes. Lorsque l’avenir semble aussi ennuyeux et aussi désespéré que le présent, la drogue peut apparaître comme une réponse attirante. Plus le problème fondamental est difficile à résoudre, plus l’enfant sera susceptible de passer aux troisième et quatrième niveaux.

L’influence du groupe. Si vous voulez savoir si vos enfants prennent de la drogue, demandez vous si leurs meilleurs amis en prennent. Si la réponse est oui, vous voilà aux prises avec un problème.

Les parents connaissent tous la rengaine « mais tous les autres en prennent ». Habituellement, les parents peuvent montrer la stupidité d’une telle réponse en répondant par un autre cliché : « Si tous les autres sautaient d’un pont, est ce que tu le ferais toi aussi ? » Mais ici, les parents font face à un énorme problème : lorsqu’il est question de drogue, la réponse est oui. Les enfants vont sauter d’un pont pourvu que cela veuille dire qu’ils sautent avec leurs amis.

Les enfants ne songent pas à la pression du groupe ; tout ce qu’ils veulent, c’est être acceptés. Etre différent, c’est presque le sort le plus cruel qu’un enfant puisse imaginer. Si, pour faire partie de la bande, il faut avoir essayé une bière ou fumé un joint, cela leur semble être un faible prix à payer. Cela fonctionne aussi bien dans l’autre sens : un enfant qui est le seul à utiliser la drogue essaiera de transmettre l’habitude aux autres pour ne pas rester seul.

Ainsi, la pression du groupe est l’une des raisons majeures pour lesquelles les enfants essaient les drogues, et ainsi accèdent au niveau 1. Elle contribue aussi à obliger les jeunes à rester des utilisateurs et ainsi à accéder au deuxième niveau.

L’incitation à consommer de la drogue peut venir de n’importe qui. La pression du groupe peut être particulièrement intense. Lorsque la drogue s’empare de certains membres d’une équipe sportive, d’un groupe de scouts, d’un club, d’une fraternité ou de tout groupe dans lequel l’esprit d’équipe ou la solidarité entre en jeu, la pression sur les autres sera énorme. (La pression de groupe a contribué à répandre l’usage des stéroïdes chez les athlètes de tous les niveaux. Si le fait de ne pas utiliser de stéroïdes affaiblit la performance d’un joueur, il n’est plus aussi utile à l’équipe.)

Les groupes fournissent un environnement idéal au développement de l’usage des drogues. Ils donnent aux jeunes une excuse pour sortir sans leurs parents, leur facilitent l’expérience et le partage des drogues, permettent à un expert d’enseigner les techniques et rendent très difficile pour tout individu de résister aux autres tout en demeurant dans ce groupe.

Lorsque « fêter » veut dire « boire » dans le jargon des jeunes, vous savez ce qui se passe lors de ces fêtes. Des études ont démontré que la plupart du temps, les jeunes boivent au cours des fêtes, et une portion relativement faible d’adolescents boivent régulièrement les autres jours de la semaine. Les beuveries de fins de semaine font en sorte que le tiers des étudiants de douzième année s’enivrent au moins un samedi soir sur deux. Les fêtes dans lesquelles on boit beaucoup sont probablement des fêtes sans supervision, un environnement idéal pour l’usage d’autres drogues en plus. Ces fêtes sont les préférées des groupes d’adolescents. Lorsque ce genre de comportement est la norme, l’abstinence coupe les jeunes de tout leur paysage social.

Mais des individus peuvent également créer une énorme pression. Peu de cadets pourraient résister si leurs frères ou soeurs aînés leur offraient de partager de la drogue. Puisque les utilisateurs du troisième niveau peuvent également vendre de la drogue pour alimenter leur habitude, ils peuvent impliquer leur famille afin d’augmenter leur trafic. Les gars utilisent également l’alcool et la drogue comme façon de vaincre la résistance et les inhibitions sexuelles de leurs petites amies. La drogue a joué un rôle considérable et non reconnu dans l’explosion sexuelle chez les adolescents.

Les enfants qui ne se sentent à l’aise nulle part ont découvert qu’en utilisant de la drogue, ils seraient traités en égaux dans le plus grand club du pays : le club de la drogue. Aucun talent particulier n’est requis, et même l’argent n’est habituellement pas un trop grand problème au départ. La drogue est un grand niveleur ; elle réduit tous les jeunes à la même expression.

La rébellion est également un facteur d’usage de la drogue. Les jeunes veulent faire ce qui leur attire l’approbation des autres jeunes, surtout si cela affole leurs parents. La musique forte, les vêtements étranges et les coupes de cheveux encore plus étranges se sont avérés très efficaces en ce sens depuis les années cinquante. Dans les années soixante, les jeunes ont découvert que le fait de prendre de la drogue, par rejet des valeurs de leurs parents, aurait un meilleur effet.

La culture des jeunes des années soixante est disparue depuis longtemps, mais à ce jour, la drogue est probablement le premier facteur d’irritation des parents. Ne vous méprenez pas. Nous ne disons pas que les jeunes prennent de la drogue à la seule fin de déranger leurs parents ; mais plutôt que la drogue fait partie d’une plus vaste stratégie de rébellion et de solidarité de groupe qui crée bien des conflits durant l’adolescence et sabote fermement tout ce que les parents peuvent dire contre la drogue.

Quelles que soient les pressions du conformisme qui amènent les jeunes à utiliser la drogue, il reste un danger : que la consommation de drogue devienne incontrôlable. Les jeunes passent souvent plus de temps avec leurs amis qu’avec leurs parents. Si la drogue est l’activité de leurs amis, ils suivront. II est parfois presque impossible d’abandonner le groupe : c’est la dernière chose que ferait un adolescent.

La drogue rassemble ses utilisateurs. Après un certain temps, tous les amis d’un jeune peuvent être des utilisateurs de drogue, et la drogue est le seul lien qui retient le groupe. Dans ce cas, le niveau 3 ou 4 pointe à l’horizon. Même pour les jeunes qui maintiennent leurs liens sociaux avec des groupes extérieurs au monde de la drogue, l’usage continu de la drogue présente des dangers. Ce qui commence sous la forme d’une échappée entre amis peut aboutir à des problèmes qui dépassent tout ce qu’ils pourraient imaginer.

Fuir les problèmes extérieurs. Un grand nombre des problèmes qu’affrontent les jeunes sont séculaires. L’école a toujours été un embarras, les attentes des parents élevées, le sexe un mystère tentant mais frustrant. La pauvreté et les préjugés ont réduit les occasions pour d’innombrables jeunes qui auraient pu trouver une vie meilleure. L’adolescence n’a jamais été facile.

Aucun de ces problèmes n’a disparu, mais à présent une foule de nouveaux problèmes ajoutent leur part de stress, ce qui a pour effet d’augmenter les pressions sur presque tous les enfants. Le taux de divorce le plus élevé de notre histoire, en plus d’un nombre important de bébés nés en dehors des liens du mariage, tout cela a créé un plus grand nombre de foyers monoparentaux que jamais. La plupart des parents, que ce soit dans des familles monoparentales ou biparentales, travaillent à l’extérieur de la maison, et élèvent une génération d’enfants à clés. Les mutations ou l’attrait de meilleurs emplois dans d’autres communautés, ou la simple incapacité de verser un loyer régulier, poussent les adultes à se déplacer constamment, et font courir les enfants d’un endroit à un autre tout au long de leur adolescence, ne leur donnant jamais la chance d’établir des racines et des amitiés durables. On critique les écoles d’un bout à l’autre du pays en disant qu’elles nuisent aux enfants qu’elles devraient aider. Les crimes jettent une ombre sur chaque foyer ; en particulier ceux commis contre les enfants de la résurgence des guerres de gangs jusqu’au fait de les tuer pour leurs souliers à cent dollars ou leurs vêtements griffés sont à la hausse.

Les parents sont tombés, victimes des mêmes facteurs de stress. Des millions d’adultes ont des problèmes d’alcool ou de drogues et piègent les enfants dans leur malheur. L’abus émotionnel et physique des enfants par les parents n’est que trop courant.

L’alcool et les autres drogues ne peuvent résoudre ces problèmes, mais ils peuvent les masquer et les faire paraître très lointains et sans importance. Pire est le problème, plus les drogues peuvent paraître nécessaires. Les drogues sont fiables : à la différence des parents, elles sont toujours là. Les drogues fournissent aussi un alibi parfait aux enfants qui se sentent coupables de ne pas pouvoir résoudre leurs problèmes. On ne peut s’attendre à ce que quelqu’un qui est stoned change le monde. Les parents qui prennent de la drogue pour éviter les problèmes laissent un héritage doublement nocif à leurs enfants.

Souvent, lorsque les enfants disent qu’ils utilisent la drogue seulement pour se sentir bien, leurs véritables raisons peuvent être plus profondes, peut être cachées même à leurs propres yeux. Ce sont les raisons sous jacentes qu’une bonne thérapie peut et doit révéler si on veut que la réhabilitation ait un effet bénéfique.

Les grands psychologues du développement ont toujours insisté sur l’importance de l’adolescence dans la transformation d’un enfant égoïste en un adulte responsable. Au cours de ces années, les adolescents doivent apprendre à distinguer leur identité de celle de leurs parents, tout en maintenant avec eux un sentiment d’appartenance. Ils doivent apprendre à former et à vivre leurs engagements et leurs responsabilités. Ils doivent prendre les valeurs qu’ils ont acquises enfants, et les mettre à l’épreuve d’un monde changeant pour former des systèmes de valeurs bien à eux. L’expérimentation et la rébellion doivent faire partie de tous ces processus : c’est l’une des raisons majeures pour lesquelles l’adolescence peut être si traumatique et si douloureuse. On peut considérer la drogue comme une façon d’éviter la douleur, une suite des plaisirs de l’enfance. Mais ce n’est pas une échappatoire. C’est un piège.

Il est extrêmement dangereux de prendre de la drogue pour masquer la réalité. La réalité ne disparaît jamais. Tout au plus, on peut s’en évader pour un court laps de temps. En évitant d’affronter la réalité, les consommateurs de drogue glissent dans un cercle vicieux dans lequel les drogues elles mêmes exacerbent peut être le problème qu’ils veulent éviter.

L’usage de la drogue pour échapper à la réalité aboutit presque toujours au niveau 3 ou 4, à moins d’une intervention réussie, et à moins que la cause profonde ne soit exposée et traitée. Sans intervention, les pressions et la dépendance peuvent devenir écrasantes. L’ultime évasion, c’est le suicide. Des milliers de jeunes tentent de se suicider sans être toxicomanes. La combinaison de la fuite et des drogues en a tué plus d’un et en tuera des milliers d’autres.

Fuite des problèmes émotionnels internes. Des enfants sortent de la pauvreté, des parents se marient et forment des foyers stables, des jeunes perdus se font des amis ou trouvent des maîtres inspirants. Le monde qui nous entoure change rapidement. La plupart des jeunes trouvent que le passage du temps suffit à résoudre bien des problèmes.

Cependant, les enfants qui ont des problèmes émotionnels peuvent se sentir pris au dépourvu, même devant les épreuves normales de la vie. Ces enfants peuvent être particulièrement vulnérables à l’attrait des drogues. Des chercheurs ont étudié cet aspect du problème. Deux modèles émergent. Le premier : il leur manque un grand nombre des habiletés requises pour être en relation avec les autres. L’autre modèle est relié à leurs émotions. Comme l’écrit le Dr Donald Macdonald : « L’usage de drogues produit une baisse d’estime de soi, et une faible estime de soi favorise l’usage de la drogue. » On a également découvert que les enfants vulnérables aux problèmes de drogues étaient particulièrement solitaires, et avaient l’impression de ne pas faire partie de leur monde. C’est sans doute ce qui explique que leurs désirs et leurs besoins sont embrouillés. Ils ont peut être besoin de discipline, du sentiment de posséder un espace bien à eux, d’un sentiment de valeur personnelle. Au lieu de cela, ils se concentrent sur une chose qui va, croient ils, repousser ces problèmes à un arrière plan maîtrisable : la drogue.

La diversité des drogues disponibles constitue à toutes fins utiles un supermarché de moyens de combattre non seulement le manque d’estime de soi, mais aussi la timidité, l’anxiété, la dépression et une foule d’autres problèmes. L’alcool enlève parfois les inhibitions et change le jeune timide en meneur. La cocaïne fournit l’arrogance et le sentiment de puissance. Le PCP donne à son utilisateur un sentiment d’invincibilité. La marijuana efface la tension et rend le monde moelleux et onirique. Le LSD fait voir une réalité nouvelle. Pour chaque problème dont peut souffrir un enfant, il y a une drogue susceptible de faire disparaître les problèmes, du moins pendant que la drogue agit.

Affronter des problèmes émotionnels au moyen des drogues est le moyen le plus sûr de plonger très rapidement dans le comportement du niveau 3 ou 4. Chaque fois, la brume colorée des drogues va chasser la nuit glaciale de la réalité. La drogue crée toutefois un nouvel ensemble de problèmes, et ceux ci vont s’ajouter à ceux qui existent déjà, jusqu’à ce que seuls les thérapeutes les mieux formés puissent les distinguer.

Nous ne vous demandons pas de faire ces distinctions. Si vous observez des problèmes de ce type chez vos enfants, cherchez de l’aide, que vous croyiez ou non que les drogues sont en cause. Si ce livre vous aide à comprendre que la drogue peut faire partie du problème, vous avez une longueur d’avance. Mais que ces problèmes proviennent de la drogue ou d’autres maux, l’important est d’intervenir avant qu’il ne soit trop tard. Le suicide est trop souvent le dernier recours lorsque les problèmes se révèlent insurmontables.

La dernière raison. Au delà de toutes les catégories que nous venons d’énumérer, il y a une raison si fondamentale et si particulière à tout ce que font les enfants, qu’il faut la distinguer, afin que personne ne puisse faire semblant de l’ignorer :

l’une des raisons principales pour lesquelles les jeunes prennent de la drogue, c’est parce que les adultes en prennent.

C’est tout, et c’est aussi simple que cela. Les jeunes imitent les adultes, et les adultes prennent de la drogue. Si on nous demandait ce qui permet de prédire, mieux que tout autre signe, l’usage de la drogue chez un jeune, nous demanderions seulement : vous même, en prenez vous ? Si oui, votre enfant en fera probablement l’essai.

Cette règle n’est pas sans exception. Certains enfants d’utilisateurs deviennent si dégoûtés qu’ils n’utiliseront jamais de drogue eux mêmes ; les enfants de gens qui ne boivent jamais d’alcool peuvent se rebeller et devenir de gros consommateurs de drogue. Mais avant de vous occuper de vos enfants, occupez vous de vous même.

Et nous ne parlons pas de l’idée contemporaine que l’alcoolisme a une composante génétique et que les enfants d’alcooliques sont beaucoup plus susceptibles de devenir eux mêmes des alcooliques. Nous parlons de vos comportements. Vous enivrez vous, prenez vous de la drogue là où vos enfants peuvent vous voir ? Allez vous vous chercher une bière ou vous préparez vous un verre lorsque vous revenez à la maison après une dure journée de travail ? Fumez vous pour vous relaxer ? Croyez vous qu’une fête soit ennuyeuse sans alcool ? Les sports sont ils pour vous une occasion d’avaler six ou douze bières ? Croyez vous qu’il est bien de commander un cocktail sans alcool pour votre enfant dans un restaurant ? Faites vous prendre à vos enfants de l’alcool ou de la marijuana à la maison afin qu’ils sachent ce que c’est ? Avalez vous des amphétamines ou des pilules de caféine pour pouvoir conduire plus longtemps pendant les vacances ? Faites vous pousser de la marijuana, ou laissez vous bien en évidence des objets nécessaires à l’usage de drogues ? Vos enfants vous ont ils déjà surpris, lors d’une fête, en train de priser de la coke ? Si oui, il se peut que vous enseigniez à vos enfants à prendre de la drogue.

Les jeunes apprennent le comportement de toxicomane des adultes. Les adultes enseignent que les médicaments vendus sur ordonnance promettent d’éliminer la douleur, d’effacer l’anxiété et de faire venir le sommeil plus rapidement. L’alcool est un lubrifiant social. Les amphétamines stimulent le cerveau des étudiants pour leur permettre de travailler durant toute la nuit qui précède un examen final. Les stéroïdes changent des athlètes moyens en athlètes extraordinaires. Beaucoup trop d’adultes enseignent qu’il existe une potion magique pour chaque problème imaginable.

Le fait d’approuver l’usage de la drogue à la maison est aussi dangereux que celui d’approuver la société « droguée » que nous avons bâtie. La publicité sur le tabac, interdite à la télévision, paraît plutôt dans les magazines destinés aux adolescents. Les films nous montrent une foule de personnages sympathiques qui boivent, fument ou utilisent d’autres drogues. Les publicités télévisées sur la bière mettent en scène des personnes jeunes et heureuses qui boivent pour atteindre ce plaisir. En fait, selon une estimation, un enfant verra, avant l’âge de dix huit ans, 100 000 publicités télévisées sur l’alcool.

Nous reviendrons au chapitre 12 aux attitudes des parents envers les drogues, car elles ont des conséquences sur le fait que vos enfants prennent ou non des drogues, et sur la façon de les consommer. Nous voulons seulement vous laisser ce thème de réflexion : si vous voulez faire cesser l’usage de la drogue chez votre enfant, commencez par vous en abstenir vous même.